26/03/2026
Pardona mi
Ô Corsica meia, terre de mon souffle et de mes silences,
toi qui m’as appris le langage du vent et la patience des pierres,
écoute aujourd’hui la prière tremblante d’un fils imparfait.
Pardonne-moi de ne pas être le rempart que tu mérites.
Pardonne-moi de ne pas savoir lever les armes de l’âme
contre ceux qui, nés de ton ventre, oublient ton cœur.
Car ce ne sont plus les vents étrangers qui te blessent,
mais les mains de tes propres enfants,
égarés dans les mirages de l’avoir,
où l’homme ne voit plus que lui-même
et oublie qu’il fut un jour racine.
Pardonne-moi de rester là,
debout mais impuissant,
témoin lucide et pourtant muet,
quand ton souffle se fatigue sous le poids de l’indifférence.
Je n’ai pour te défendre que des mots fragiles,
semblables à ces feuilles mortes que le maquis emporte,
et quelques pas humbles,
tracés en silence à travers tes sentiers anciens,
comme un pèlerin qui espère encore
que chaque pas est une promesse.
Pardonne-moi si mes écrits ne sont que des murmures,
et mes marches de simples hommages,
là où il faudrait des cris capables d’éveiller les montagnes.
Mais sache ceci, ô mon île,
dans le creux de mes faiblesses demeure une fidélité sans faille :
je ne t’ai jamais trahie dans mon cœur.
Et si je ne peux te sauver,
alors laisse-moi au moins t’aimer assez fort
pour que, dans l’ombre des hommes sans valeur,
il subsiste encore une lueur
qui porte ton nom.
Pardonne-moi, Corsica meia,
de n’être qu’un homme parmi les hommes,
mais aime-moi encore
comme l’un de ceux
qui n’ont jamais cessé de te pleurer en silence.