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11/09/2020

🔴 GOUVERNEMENT, MÉDIAS ET EXTRÊME-DROITE – CHRONOLOGIE D'UNE FUITE EN AVANT RACISTE ET SÉCURITAIRE

Avec cette chronologie, nous essayons de mettre en évidence comment, collégialement, le gouvernement, les médias, l'extrême-droite et la police ont orchestré méthodologiquement un été sécuritaire pour légitimer une augmentation de la présence policière et de la répression racistes et sexistes déjà quotidienne.

Sur une idée du collectif Black Colibri.
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6 juillet : Le gouvernement Castex est annoncé. Dupont-Moretti, avocat des Balkany et ouvertement anti-féministe, devient ministre de la justice. Marlène Shiappa, issue de la gauche républicaine devient collaboratrice de Darmanin, lui-même accusé de viol et vraisemblablement homophobe. Le plus à droite des Républicains devient ministre de l'intérieur.

6 juillet : La Licra – structure se présentant comme antiraciste mais considérant le termes « islamophobie » comme une imposture – s'exprime suite à la mort d'une gendarme : « l’ensauvagement de la société et la banalisation de la violence sont des fléaux qui appellent des réponses. ». C'est la première fois de l'été que le terme ensauvagement sera utilisé. Par la Licra...

8 juillet : Darmanin désigne l’islam politique comme ennemi mortel de la République – deux jours après sa nomination, on ne peut pas lui reprocher d’être ambigu.

10 juillet : Castex et Darmanin annoncent 20 policiers supplémentaires à Dijon. Une première annonce de l'augmentation d'effectif qui en appelle des dizaines d'autres.

10 - 11 juillet : Pour préparer la visite de Darmanin à Calais, de nombreuses d'habitations précaires sont détruites et les exilé.e.s chassé.e.s ou arrête.e.s par centaines.

12 juillet : Darmanin à Calais annonce la création d'une cellule de renseignement Franco-britannique.

15 juillet : Castex annonce un projet de loi sur les séparatismes – doutez-vous bien ici qu'on ne parle ni des indépendantistes bretons, ni du 16ème arrondissement parisien. Contre celles et ceux qui prôneraient des règles et normes sociales différentes de celles dictées par la République.

16 juillet : Darmanin confirme ces volontés franco-britannique afin de renforcer la lutte contre l’immigration. Les brexiters ont gagné à la fois la souveraineté nationale et la solidarité internationale.

17 juillet : La Licra annonce se porter partie civile d'une plainte de la policière Linda Kebbab – Porte-parole du syndicat de police SGP – pour injure raciste, contre Taha Bouhafs... Militant antiraciste.

18 juillet : La cathédrale de Nantes et la fachosphère s’enflamment – Un incendie se déclare sur la Cathédrale de Nantes. Rapidement, l'extrême-droite passe à l'offensive, pointant du doigt de manière infondée et complotiste les « islamistes ».

19 juillet : Les médias, agglomérés devant le commissariat de Nantes dans le but de pouvoir interviewer le suspect de l'incendie de la cathédrale se ruent sur une personne noire sortant du commissariat... Ce n'était pas la bonne personne. On connaît désormais la couleur des micros racistes (plutôt bleus).

21 juillet : Darmanin annonce le prolongement des lois antiterroristes de 2017 qui, depuis 3 ans, permettent d'user des mesures de l'état d'urgence... sans l'état d'urgence.

23 juillet : Schiappa veut expulser les étrangers auteurs de violences sexistes et sexuelles – On commence donc par Darmanin ?

23 juillet : Valeurs actuelles titre « Le racisme anti-français tue » et publie des articles sur le meurtre de Axelle à Lyon et de Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne où le terme « ensauvagement » sera abondamment utilisé.

24 juillet : Génération identitaire renomme quelques rues de Lyon au nom de Axelle Dorier, aide soignante assassinée quelques jours plutôt.

24 juillet : Gérard Larcher (LR) évoque des zones de non-droit en France – On ne parle toujours pas du 16ème arrondissement de Paris.

24 juillet : Darmanin dénonce l’ensauvagement de la société. Une sémantique raciste et coloniale historiquement utilisée par l'extrême-droite.

25 juillet : Darmanin, Castex, et Dupont-Moretti, en déplacement à Nice, annoncent l'arrivée de 60 policiers supplémentaires dans la ville la plus fliquée de l'hexagone, et le renforcement des pouvoirs de la police municipale.

25 juillet : Castex annonce le début de la guerre contre les consommateur•ices de drogue et la mise en place d'une amende forfaitaire de 200e pour les consommateur.rices de cannabis – Pourtant on aurait bien besoin de se détendre.

26 juillet : 11 personnes sont interpellées, et, pour une partie, verbalisées, pour insultes à Darmanin qui fait un discours en Normandie.

26 juillet : Schiappa avoue que la loi contre les séparatismes visera l’islam politique – On n'avait pas deviné.

27 juillet : Darmanin annonce qu'une plainte a été déposée contre le maire de Colombes pour injures publiques envers la police nationale et la gendarmerie – Pas touche aux flics, on a dit !

27 juillet : Darmanin annonce une indemnité spécifique pour les effectifs de police de nuit.

28 juillet : Darmanin dit s’étouffer en entendant l’expression « violence policière » et affirme que « la France est malade de son insécurité ».

28 juillet : En panique, Marine Le Pen reprend les éléments de langage de la macronie.

28 juillet : Darmanin annonce la généralisation des caméras piétons sur les policiers, nouveau dispositif de surveillance généralisé, et un renouvellement des voitures de police.

30 juillet : Aubry écrit à Darmanin. Elle y reprend le terme d'ensauvagement, utilisé quelques jours plus tôt par le ministre de l'intérieur, et parle de zone de non-droit pour désigner le quartier Moulins – Le Pen, Larcher, Aubry, Darmanin, la Licra :
du PS au FN, on utilise les mêmes maux.

1er août : En déplacement à Rome, Darmanin annonce la création d’une police internationale franco-italienne. Une annonce faite depuis le Vatican – Et vive la laïcité !

2 août : Suite à la demande de Martine Aubry, Darmanin et Castex se rendent à Lille et annoncent 60 policiers supplémentaires pour la Métropole, ainsi que le développement de le vidéosurveillance.

4 août : Darmanin annonce 10 policiers supplémentaires à Toulon – Ça ne s'arrête plus !

5 août : Darmanin annonce le doublement des patrouilles dans les transports en commun, le développement de la vidéo-surveillance ainsi que l'augmentation des pouvoirs des agents de sécurité des transports en commun.

6-12 août : Deux mosquées sont attaquées à Lyon, terreau fertile des milices d’extrême-droite.

7 août : Valeurs Actuelles attaque Taha Bouhafs et Assa Traoré parce qu’iels prennent des vacances – Les vacances c’est pour les blanc•hes on a dit.

8 août : Taha Bouhafs contre-attaque et se fait traiter de n**i par le Rassemblement National et Christine Boutin – Tout va bien, vous êtes en France.

9 août : Le syndicat de police d'extrême-droite Synergie Police rempile sur Taha Bouhafs, Assa Traoré et Anasse Kazib sur leurs vacances.

11 août : L’Ordre des Médecins dénonce le racisme des antiracistes.

12 août : Darmanin considère que le refus de l’autorité est le mal de la société.
5 ans plus tôt, on l'entendait pourtant dire : « je n'aime pas l'autorité mais j'aime bien l'ordre. Je suis un anarchiste de droite ». Bah alors Gégé ?

12 août : Trois policiers tuent par b***e un sans-abri après que celui-ci les ait attaqué avec une barre de fer – Le Parisien ose même d'une machette (vous le voyez l'« ensauvagement » de la rhétorique médiatique ?), et une enquête est ouverte... pour la tentative d'homicide du défund sur personne dépositaire de l'autorité publique. Le flic qui a tiré (et tué), lui, n'est pas trop inquiété car il reçoit le soutien de Darmanin et Anne Hidalgo.

16 août : Darmanin : « C’est la police qui fait la loi ». Ah bon ? Ce n'est pas le législateur et donc le parlement ? Mais du coup c’est quoi la différence entre une démocratie et un État policier ?

19 août : Darmanin crée un service d’aide pour la police. Un dispositif d’assistance à la disposition de tous les agents de police. – Bon, en vrai, c'est rien de plus qu'un énième numéro vert.

23 août : La police réprime la finale de la ligue des champions. Des bars fermés, des centaines de verbalisations, d'interpellations et des Champs-Elysées noyés sous les lacrymogènes.

23 août : (Alain) Finkielkraut et (Caroline) Fourest rejoignent l’émission « 24H Pujadas ».

23 août : Un Algérien meurt dans l'indifférence générale dans les geôles du commissariat de Lille lors de sa garde à vue. Rapidement, la machine médiatique et policière se met en route. L'homme de 18 ans serait mort naturellement, comme souvent en GAV.

25 août : À Poissy, attaque terroriste à la voiture bélier d'un local d’une association d’aide aux migrant•es.

26 août : Sur une suggestion du porte-parole de Génération Identitaire, Darmanin accourt à Grenoble pour empêcher... un clip de rap d’être tourné.

27 août : Un ancien ministre de N. Sarkozy dénonce le manque d’autorité d’Emmanuel Macron.

27 août : Valeurs Actuelles reprend dans sa Une le terme « Ensauvagement » que Darmanin a repris à Valeurs Actuelles, et, dans la foulée, publie un article dans lequel Danielle Obono, une député Noire, est dépeinte en esclave.

28-31 août : La polémique enfle autour de l’article de Valeurs Actuelles sur D. Obono. Les invité•es des plateaux télés sont uniquement d’extrême-droite.

29 août : Jean-Pierre Obin, ancien (on dit bien ancien) Inspecteur de l'Education Nationale, affirme sur CNews que des enfants musulmans forceraient les autres à respecter le ramadan – Vous savez quoi ? Il fait partie de la direction de la Licra. Bon.

29 août : Fabien Roussel, sénateur PCF : « Trafic d'armes, trafic de drogues, trafic de personnes, reprenons le pouvoir dans toutes les rues de la République. » – Si même la "gauche" s'y met, c'est que les médias doivent être convaincants.

31 août : Un cadre du Rassemblement National menace d’expulsion et de pendaison le syndicaliste Anasse Kazib. Il considère que le militant est « un ami des islamistes, un allogène qui ne s’assimile, bref, un ennemi de l’intérieur ».

31 août : La lutte contre le terrorisme devient une priorité du gouvernement – On avait bien compris que c’était pas le féminisme la grande cause du quinquennat.

31 août : M. Schiappa assume l’usage du terme d’ensauvagement.

31 août : Christian Estrosi appelle la droite à voter Macron en 2022.

1er septembre : Darmanin annonce que le risque d’une attaque terroriste est extrêmement élevé – Rappel : trois attaques terroristes ont eu lieu cet été. Elles visaient un local d’aide aux migrant•es, et deux mosquées.

1er septembre : Le Figaro publie un article qui dénonce les liens entre l’islam et l’« idéologie du progrès ». Un article qui nous apprend que l’islam se serait « acoquiné » avec le n**isme, qu’il serait aujourd’hui suprémaciste et guerrier, et que la gauche qui s’oppose à l’islamophobie est devenue homophobe et sexiste.

Du 1 au 7 septembre : 75 policiers supplémentaires à Toulouse, 48 nouveaux policiers à Nantes, 14 au commissariat d'Épinal, 38 à Rennes, 25 à Avignon. Le commissariat de Belfort enregistre l’arrivée de onze policiers pour seulement trois départs.

4 septembre : Darmanin annonce débloquer 400 millions d'euros pour renouveler les voitures de police.

5 septembre : Nouveau déplacement surprise de Darmanin à Lille. Le deuxième en un mois. Il demande « plus de bleus sur le terrain ».

6 septembre : Yannick Jadot (EELV) se dit « extrêmement inquiet » de la « banalisation de la violence » – c'était mieux quand les Verts ne voyaient pas bleu.

6 septembre : Darmanin et Schiappa donnent une interview au Parisien. Ils y développent leur programme répressif pour les deux années à venir :
https://www.leparisien.fr/politique/plan-securite-loi-sur-le-separatisme-darmanin-et-schiappa-devoilent-les-chantiers-du-gouvernement-06-09-2020-8379621.php

7 septembre : Darmanin est en roue-libre sur le plateau de J-J. Bourdin. Sur la question de la légalisation du cannabis, il dit que c'est « une lâcheté intellectuelle » avant d'ajouter : « vous voulez que je sois partisan d'une légalisation de l'esprit où le père n'est plus respecté dans une famille ».

7 septembre : Un sondage annonce que 70% des français•e•s pense qu'il y a un ensauvagement de la société – La propagande a donc bien fonctionné.

7 septembre : Au 13h de TF1, un journaliste demande à une femme « Vous sentez vous en insécurité ?
- Oui, avec tout ce qui se passe en ce moment, oui je me sens dans l'insécurité, répond-t-elle.
- Mais avez vous été agressée récemment ?
- Oh, non, non, non ! reprend-elle.
Résultat d'un été de propagande raciste et sécuritaire.

9 septembre : Un décret met en place une prime de fidélité allant jusqu'à 800e par an pour les policiers en fonction depuis plus de 2 ans.

9 septembre : Le gouvernement parle de donner le droit aux préfets de dissoudre des associations ou intervenants d'école « s'ils portent un message anti-républicain » – Normalement ce pouvoir n'est réservé qu'au Conseil des Ministres.

10 septembre : Darmanin porte plainte contre Jérôme Rodriguez (militant Gilet Jaune, éborgné par la police) pour injures envers les forces de l'ordre. Son compte Twitter est désactivé.
Parallèlement, la Préfecture de Police annonce l'interdiction des manifestations prévues à Paris le 12 septembre.

10 septembre : Deux mois après son déplacement à Calais, Darmanin reçoit la maire Natacha Bouchart. Ensemble, ils signent un arrêté préfectoral interdisant la distribution de nourriture par les associations, pour les exilé.e.s. Parallèlement, Darmanin annonce un renfort de 30 policiers sur la ville.

10 septembre : Devant le congrès de l'UNSA Police, Darmanin annonce vouloir empêcher la diffusion des vidéos de policiers en intervention dont le visage n'est pas flouté.

10 septembre : N. Sarkozy, invité dans Quotidien, se demande si on a encore le droit d'utiliser le mot "singe" dans le language courant étant donné qu'on n'a plus le droit d'utiliser le mot "n***e" (qu'il dit sans le dire) – C'est le mentor qui ferme la boucle.

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Aux États-Unis, une partie de la population, et notamment des élu•e•s, parle de définancer la police. De mieux répartir le travail d'ordre en diluant le pouvoir, en formant d'autres corps pour gérer les situations complexes. En réfléchissant activement à la société qu'on souhaite fabriquer ensemble. Combattant ainsi les oppressions, les discriminations, les reproductions sociales mortifères.
En France, le choix fait par le gouvernement est de rassurer à tout prix les p'tits bourges. Le choix d'assurer aux copains de la classe dominante que leurs enfants vivront dans le meilleur monde, en exploitant le reste de la population mis au pas. Le choix de redonner confiance aux flics, en les rinçant comme aucun autre "service" public, quitte à fermer les yeux sur toutes leurs conneries qui, après tout, font partie de la profession. Le choix d'appliquer un programme politique d'extrême-droite en s'étant fait élire en barrage à celle-ci. Le choix de donner les pleins pouvoirs aux préfets, qui deviennent de plus en plus des shérifs locaux.

Cet été, pas un jour n'est passé sans qu'un élément ne vienne s'ajouter à la construction sécuritaire en cours. Les mots, les Unes des journaux d'extrême-droite, les propos tenus sur les plateaux télés par les chroniqueur•se•s et autres expert•e•s sont devenus des arrêtés, des projets de loi, des interdictions, des plaintes. Nous avons passé notre été à regarder ce que faisait le pouvoir, en approuvant ou non son action. Ces premiers jours de septembre, la machine s'accélère. Quand est-ce qu'on arrête le fascisme qui monte ?

643. Retenez bien ce chiffre. 643. C'est le nombre de personnes qui ont été tuée par la police en un peu plus de 40 ans,...
20/07/2020

643. Retenez bien ce chiffre. 643. C'est le nombre de personnes qui ont été tuée par la police en un peu plus de 40 ans, uniquement en France (Sources : Bastamag et Désarmons-les). Suite à la mort de Georges Floyd aux États Unis d'Amérique, de nombreuses personnes se sont réunies dans les grandes villes de France pour honorer sa mémoire mais aussi dire "stop". La mort de George n'a pas provoqué de prise de conscience, mais a plutôt libéré la parole sur la violence qu'exerce l’État sur les habitant.e.s des quartiers populaires depuis des décennies maintenant. Nous parlons ici de la violence physique exercée par la police, mais également du racisme systémique que notre pays reproduit et que nous reproduisons parfois, contre notre gré, moi le premier.

5. Retenez bien ce chiffre. 5. C'est le nombre de jours que les grands médias français ont attendu avant d'inviter une personne concernée par les assassinats policiers à témoigner sur les plateaux télé. Assa Traoré a pris la parole. 40 000, c'est le nombre de personnes que la lutte pour Adama, que la lutte contre le racisme d’État ont réunis devant le tribunal de Paris.

Après la "Génération Climat", nous parlons aujourd'hui de la Génération Adama : serions nous cette génération, pleine d'espoir, qui mettra fin aux assassinats policiers ? Serons-nous la génération qui obtiendra la justice ?

J'ai passé une journée à Beaumont samedi, et dans chaque regard, j'ai vu de l'espoir. Dans chaque geste, j'ai vu de la détermination. Dans chaque bouche, j'ai vu des idées et des vécus authentiques et forts. J'ai vu des larmes de remerciements également : cette vieille femme kabyle qui a pleuré, sur nos pas, 643 larmes de tristesse et des millions de larmes d'espoir. Promis madame, nous allons tout faire pour être cette génération victorieuse, que vos larmes ne soient pas vaines. Nous avons tout à y gagner.

"Pour que le nom d'Adama ne meurt jamais"

6 mois d'absence. Ou plutôt 6 mois où je n'étais plus derrière mon appareil photo. 6 mois à me questionner, 6 mois à ess...
20/07/2020

6 mois d'absence. Ou plutôt 6 mois où je n'étais plus derrière mon appareil photo. 6 mois à me questionner, 6 mois à essayer de me retrouver une place dans les cortèges. Parfois en simple manifestant, aux cotés de mon syndicat, souvent présent en tant que Street Médic. 6 mois à réentendre le choc du pavé contre mon front dès que mes mains touchaient le boitier. Mais sur cette 4e marche pour Adama, j'ai eu envie d'immortaliser cette rage, cette détermination, de me retrouver entouré de celleux avec qui j'ai commencé à voler ces instants de vie, de luttes.

Album de la quatrième marche pour Adama à venir.

Crédits photo : Lise Sauvage

18/02/2020
Convoqué au commissariat central de Lille, demain 10 heures suite à une couverture photo. Je vous tiens au courant.
06/02/2020

Convoqué au commissariat central de Lille, demain 10 heures suite à une couverture photo. Je vous tiens au courant.

18/01/2020

L'appareil que j'utilisais au moment de mon accident ne fonctionne plus. Il s'allume toujours mais le déclencheur est foutu. Si LA VDN par La Voix du Nord aurait un élan de solidarité après m'avoir cité dans leur article... ;)

17/01/2020

Soutien inconditionnel au journaliste Taha Bouhafs, arrêté pour un Tweet révélant le lieu où Macron passait la soirée. Nous sommes en 2020, en France, pays de des droits de l'Homme.

16/01/2020

Je vais bien. J'ai mal mais je vais bien. La douleur est physique, le moral est toujours au plus haut et n'a jamais cessé de l'être. Je serais de retour le plus vite possible.

Comme lors de chaque mobilisations, je me rend Porte de Paris, appareil photo en main, pour couvrir la manifestation lilloise. La manif se passe bien. Je redécouvre des banderoles que j'ai eu l'occasion de voir lors de la loi Travail, au sein du cortège de tête. A l'avant, un cortège déterminé se forme. Je suis avec eux, en première ligne, comme je le fais depuis longtemps comme photographe ou comme manifestant.
Nous arrivons près du Apple Store. Un cordon de CRS est positionné, prêt à défendre l'entreprise capitaliste. Un des CRS vise les manifestants avec un LDB, a hauteur de visage. Je m’arrête, quelques instants pour immortaliser ce comportement policier. Après avoir regardé la photo, je relève la tête pour partir me mettre en sécurité, sentant la tension monter. Dans la seconde qui a suivie, un projectile viens me frapper en plein visage. Sur le moment, je sais qu'il s'est passé quelque chose mais je ne sais pas quoi exactement. Je fais quelques pas, je titube et je tombe. Les streets médics interviennent rapidement. Mes copains de Solidaires m'entourent et me sécurisent aussi. Je suis pris en charge par les pompiers en service, bien que grévistes eux aussi. Amis médics, camarade du syndicat ou pompiers, je ne vous remercierait jamais assez.

Alors oui, j'ai été touché par un projectile provenant d'un manifestant. Si je retrouve celui ou celle qui l'a lancé, j'irais boire une bière avec. Je ne lui en veux pas. Ce qui m'inquiète, c'est que l'on soit obligé d'en venir à lancer des projectiles sur les forces de l'ordre pour se faire entendre. Car aujourd'hui, après 25 ans sans grande victoire syndicale, nous avons l'impression qu'il ne reste que ça.
Mais plus qu'une opposition à la politique du gouvernement, cette personne a peut-être eu envie de répondre à la police. Celle qui mutile dans les manifestations, celle qui arrache des mains, éborgne des Gilets Jaunes. C'est la même police qui harcèle les quartiers populaires, qui contrôle au faciès, qui tue en toute impunité. Celle qui tue. Celle qui a pris la vie à Adama Traoré, à Zineb Redouane, à Steve qui me ressemble que trop bien, aux Lillois Selom et Matisse. Et plus récemment, à Cédric, travailleur comme vous, père d'une famille de cinq enfant.

Je n'ai pas été visé par ce projectile. Mais je comprend pour quelle raison il a été lancé. Je ne suis retrouvé sur son chemin. Mon front s'est trouvé sur son chemin. J'étais au mauvais endroit, au mauvais moment. Je n'étais pas protégé. Je n'avais qu'une écharpe pour me protéger des lacrymos et des lunettes de piscines pour continuer à rapporter des images. Je n'avais pas de casque. La police ne l'a saisi il y a des mois, sous le prétexte que je n'ai pas la carte de presse. Il m'ont pris le casque, et tout mes autres équipements. Je vous parle de ces mêmes flics qui devant ma blessure signalaient qu'un journaliste était touché. Quand les faits vont dans leurs sens, j'obtiens un statut. Ces mêmes flics qui, quand les pompiers m'ont fait traversé le cortège m'ont argué de « Ça fait quoi ? - Bah pour un coup c'est pas nous »

J'ai entendu qu'il y aurait eu quelques tensions entre syndiqué.es et membre du Black Bloc. Arrêtez, vraiment. La lutte syndicale est nécessaire, autant que la lutte insurrectionnelle. Face à un gouvernement tel que celui qu'on connaît aujourd'hui, toute les formes de luttes sont nécessaires. N'oubliez jamais qu'ils sont unis, eux, en face. Soyons le, autant que possible.

Voilà, un long post pour dire que je vais bien, j'ai trois points de suture qui viennent refermer une plaie d'une quinzaine de centimètres de long, pour un centimètre et demi et large et autant de profondeur. Mais je serais de retour, à battre le pavé dès que possible. Le présent est fait de luttes, l'avenir nous appartient.

Un grand merci à Massilia Shr qui a été là, du début à la fin. Merci aussi au colloc', collègue et ami William qui nous a rejoint à l’hôpital. Un gros big up à cette famille, ces frères et soeurs d'images et de luttes, ces "photographes de l'extrème" pour les mots et le soutien Niko, Keviin, Louis, Jérémy, Dounia. Et encore un grand merci à la team des street médic pour leur intervention, et notamment à Ouriel qui nous ramasse trop souvent ces derniers temps.

14/01/2020
On entend souvent parler de Bure, Sivens ou encore la célèbre Notre-Dame-des-Landes. Ces Zones à Défendre sont rendues c...
14/01/2020

On entend souvent parler de Bure, Sivens ou encore la célèbre Notre-Dame-des-Landes. Ces Zones à Défendre sont rendues célèbres par des individu.es venant s'opposer aux projets industriels initiés par des politicien.nes souvent vendu.es au capital. Je me suis rendu sur la petite dernière, la ZAD d'Arlon ou de Schoppach, encore appelée la « Sablière ». J'ai partagé pendant deux jours la vie des zadistes. J'ai partagé de nombreuses conversations sur la vie qu'ils et elles ont choisi de mener ici. A la chaleur du feu, des débats politiques. Autour d'un café ou d'une bière, on imagine le monde qu'on voudrait pour demain. Dans le froid de la forêt, on le construit.

Les propos qui pourront être retranscrits ici n'engagent que les auteur.es. Qu'ils/elles soient riverain.es ou zadistes, aucun mandat n'a été confié pour qu'une personne s'exprime au nom d'un collectif.

Comment Arlon est devenu une Zone à Défendre ?

30 hectares. 300 000 mètres carrés. Soit 42 terrains de foot. C'est la surface de la ZAD d'Arlon. Ou plutôt, c'est la surface de forêt que le bourgmestre d'Arlon, Vincent Magnus, souhaite raser pour permettre la construction d'une zone dédiée au commerce pour les PME. Le chantier est censé être offert à IDELUX, dont les statuts restent un peu flous, mais qui serait une association intercommunale à but lucratif. Mais plus qu'une forêt, c'est tout un écosystème qui est mis en danger. Sous les arbres cinquantenaires, c'est un sol sablonneux abritant de nombreux êtres vivants en voie de disparition.

La mobilisation pour défendre la Sablière a été en partie impulsée par les habitant.es de cette ville. Acculé.es par les projets de grandeur de Vincent Magnus qui prévoit 5 grands sites de construction, des habitant.es, sûrement avec une pointe de naïveté, demande qu'il y ait la construction d'une ZAD, en plus des marches symboliques et des pétitions. La Zone est occupée depuis le 26 octobre, et continuera à l'être, jusqu'au retrait du projet.

Il m'appelle quelques jours avant. « Mec, on va à la ZAD d'Arlon ? T'as une caisse ? ». Bon, le gars, il est jamais allé en ZAD. Il voudrait rejoindre l'occupation en plein mois de décembre, entre les fêtes, dans le froid et l'humidité.
Je fais rien de mes vacances, les grèves et mobilisations sur la réforme des retraites tournent un peu moins bien, et au final l'idée me plaît bien. Trois coups de téléphone plus t**d, j'ai une voiture. On peut y aller. « Et on y va pour écrire un article, ils en ont besoin en ce moment ». Je fais mes petites recherches sur Internet. Je vois le drame écologique qui se prépare. Et aussi le traitement médiatique du bourgmestre Magnus : « casseurs, vagabonds, terroristes ». Ouais alors, il faut vraiment y aller.

Quelques heures de route plus t**d, nous voici devant l'entrée d la ZAD. On s'enfonce de quelques mètres dans la forêt. Rapidement, un groupe sort du bois. « On fait comment pour rejoindre la ZAD ? - Suivez les gilets jaunes ! ». L'hommage nous fait rire. Après avoir enjambé quelques barricades, on arrive sous une grande tente. Plusieurs dizaines de personnes sont là, autour d'un feu à chanter, certain.es préparent le repas du soir, d'autres débattent ou prévoient les activités du lendemain.

Rapidement, quelqu'un vient vers nous, on se présente en tant que « média indépendant ». On nous invite à nous asseoir et à faire comme chez nous. On sort une bière, quelques personnes viennent la partager, on échange, dans la simplicité. On parle de la situation ici, de la répression policière française, et on compare nos keufs, les Belges étant bien moins violents physiquement que les Français. On parle aussi des gilets jaunes, de l'espoir qu'on y a vu. On part se coucher dans la voiture, histoire de ne pas trop les déranger.

On sort de la voiture le lendemain matin. Dans le froid. On entre à nouveau dans la forêt. On voit les barricades, de jour cette fois. Et aussi beaucoup de banderoles suspendues dans les arbres. On prend un café avec les ZADistes. « Vous avez dormi où cette nuit ? -Ben, dans la voiture- Mais vous êtes fous, on aurait trouvé une solution à la cabane ». La cabane, notre guide nous y amène. Je vous donne pas les plans de construction, mais on y vit bien. Il nous emmène dans la forêt de tentes. Plusieurs dizaines de tentes sont installées là, depuis le premiers jour. Certaines sont occupées, d'autres le sont temporairement, pour les gens de passage. Puis, il nous guide vers un endroit appelé « Le Nord ». Un coin de la ZAD complètement défriché, où s'est installée la dernière barricade avant l'évacuation définitive. Sur une falaise, « Le Nord » fait face aux locaux d'Idélux, le propriétaire du terrain occupé. On retourne vers la cantine, principal lieu de vie, histoire de se réchauffer un peu autour du feu. On nous propose de jouer à un jeu de rôle, comme un jeu médiéval. Keufs contre zadistes. L'idée est marrante. On veut bien jouer, mais on aimerait prendre des images. Une zadiste nous propose de jouer le rôle des journalistes présents. Vendu ! La fausse évacuation a lieu. Les flics ont gagné. La question vient rapidement : pourquoi ? Une faille ? Un endroit moins surveillé ? On réfléchit et on rectifie. On pose l'équipement photo et on prend des outils. On n’a pas envie d'être les yeux ou les bouches qui raconteront Arlon, on a aussi envie d'être les mains qui la construisent.
Consolider une barricade, réparer une tente, construire quelque chose avec des gens que tu ne connais pas, sans la pression productiviste d'un chef, c'est ouvrir des espaces d'échanges ou de rencontre.

On discute avec un type, en train de couper du bois pour pas ca***er ce soir. Notre conversation s'enclenche sur la possible dominante idéologique présente dans la ZAD : « Je pense qu'on peut dire qu'il y a ici plusieurs groupes affinitaires, mais y'en a pas un qui domine vraiment. Certain.es disent que ce qu'on fait ici, c'est du communisme, d'autres vont penser à l'anarchie, bien que j'aime pas trop le terme. D'autres encore parleront plutôt d'autogestion. On essaie de construire un autre monde, mais on est avant tout là pour défendre la Sablière et c'est ça qui nous réunit ».
Quelques heures plus t**d, un couple sexagénaire arrive sur un lieu de vie de la ZAD : « On pourrait avoir un peu d'aide, on vous a ramené un peu de nourriture ». Un groupe se bouge. Nous aussi. 5 ou 6 caisses remplies de nourriture nous attendaient à l'entrée de la Sablière. Ils/Elles sont invité.es à prendre un café. Iels précisent qu'iels n'ont que quelques minutes. La couple restera plus d'une heure. Notre première question : « Pourquoi ? Pourquoi ces caisses de denrées alimentaires ? - Parce que c'est normal. C'est bien ce qu'ils font ces jeunes. Quand il y aura du béton partout, on fera quoi ? C'est notre façon d'aider. On a tout, une famille, une maison, une retraite, un chien, mais on n’a plus l'énergie. Alors on roule souvent 120 kilomètres aller-retour pour les aider. C'est un minimum ».
Le soir tombe rapidement. On cesse les activités, on se réunit autour du feu. On pense partir sur une soirée de soutien, à Namur. Certain.es iront. D'autres partiront autre part. Un partie conséquente restera sur place, finalement. Autour du feu, on refait le monde, une fois de plus. Et puis, une guitare sort de l'ombre, on joue, on chante. On chante le conte de l'huissier venu présenter l'ordre d’expulsion. La soirée se termine avec une bonne humeur contagieuse dans la Cabane.

Je me réveille assez tôt le lendemain matin. Je suis le premier levé pour dire vrai. Je fais un tour du lieu occupé, seul. Je découvre cet environnement boisé, calme. Le givre s'est posé sur la mousse qui recouvre des arbres impressionnants. J'ai compris à ce moment là pourquoi ces militant.es se battent. A l'entrée de la ZAD, je tombe sur une dizaine de sacs remplis de provisions. Des gens ont laissé ça là, sans doute en solidarité. Une militante me rejoint à la Cantine. On discute un peu, d'elle, de son parcours, de son arrivée ici. On parle aussi de l'organisation sur place : « Au début, on faisait des AG, assez régulièrement. On avait un problème, on en discutait en AG. Aujourd'hui, on en fait beaucoup moins. On fonctionne un peu en petits groupes. Un groupe va prendre une initiative, elle communique à l'autre. L'idée, c'est qu'on soit cohérent. Il reste la problématique du sexisme. On essaye de lutter contre ça mais on est quand même concerné.es». Un peu comme dans toute forme de société en réalité. On part faire quelques achats dans Arlon. On s'arrête prendre un café dans un bar. On parle des syndicats, des mobilisations françaises et belges. On imagine aussi des alliances qui pourraient se former entre Lille et Arlon. 3 heures de route, c'est pas si loin, non ?
C'est vrai qu'il faut les conduire, qu'il faut un minimum de moyens, pour l'essence par exemple. Mais quand on voit ce pour quoi iels se battent, ça vaut vraiment le détour. Juste aller passer quelques jours, donner un coup de main ou venir pour discuter. Et puis, le soutien, c'est possible de le faire à distance. Se renseigner, en parler autour de nous, rendre cette occupation plus visible qu'elle l'est déjà. Et puis, pourquoi ne pas imaginer un comité de soutien local, ici à Lille, dans le but de récolter des fonds pour que la ZAD puisse perdurer dans le temps. Il s'agit également d'être nombreux sur la zone quand la police fédérale pointera le bout de son nez pour déloger celles et ceux qui se battent pour le vivant, dans un monde où les ressources naturelles sont détruites sous du béton ou sous des pesticides, où des continents avec toute sa biodiversité sont rongés par les flammes, où la moindre parcelle de terre doit être rentable.

« Ils ont répandu le sang un peu partout sur ton sol,
T'ont recouvert de ciment, jusqu'à étouffer ton sort
Ont empoisonné ton air, souillé tes océans,
Tes rivières et tes mers et ont vampirisé ton sang
Ils ont fracassé tes saisons, déréglé ton climat,
Ils ont coupés l'horizon avec du béton dégueulasse,
Ils ont exterminé ta faune, racheté ta flore,
Sous-estimé ta force, pour nous condamner à mort »

Partout où il y aura du béton, nous serons là. Se battre. Pour le vivant. Pour l'avenir. ZAD partout.

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Lille

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