25/05/2026
Bonjour tout le monde,
Je vous parle souvent de livres ou de films. Mais aujourd’hui, je vais déroger à la règle et vous parler d’une série que j’apprécie tout particulièrement. Comme beaucoup, j’ai adoré Yellowstone, même son côté violent ne m’a pas dérangé. L’ambiance western sans doute. C’est donc naturellement que j’ai continué sur l’un des derniers spin-off de l’univers Sheridan : The Madison.
Avec The Madison, Yellowstone cesse un instant de galoper dans la poussière des ranchs pour contempler quelque chose de plus fragile : ce qui reste des êtres quand le vacarme du monde se tait.
En s’éloignant de la dynastie Dutton, Taylor Sheridan ne renie pourtant aucune de ses obsessions. La terre, l’héritage, la transmission, la violence sourde des rapports humains : tout est encore là. Mais cette fois, le western moderne devient élégie.
Dès les premières images, la série impose une mélancolie ample, presque romanesque. Les montagnes du Montana ne servent plus seulement de décor ; elles deviennent un refuge spirituel, un espace où le deuil peut enfin respirer. Sheridan filme ces paysages comme Robert Redford filmait les grandes étendues américaines : avec une forme de révérence contemplative, comme si la nature possédait seule le pouvoir d’absorber la douleur des hommes. Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à Et au milieu coule une rivière ou à Out of Africa devant certaines séquences baignées d’une lumière presque irréelle.
Le cœur de The Madison, cependant, ce n’est pas le Montana. C’est Stacy Clyburn. Et dans ce rôle de femme fracassée tentant de réapprendre à vivre, la formidable Michelle Pfeiffer livre une composition d’une sobriété magnifique. Son visage semble porter à lui seul tout le poids du temps, des regrets et des silences. L’actrice ne joue jamais la douleur : elle l’habite.
On la suit dans cette quête presque fantomatique de l’homme qu’elle aimait, comme si le deuil refusait encore de céder la place à l’absence. D’ailleurs, il est encore là, à travers ce journal qu’il écrivait un peu pour elle. Comme l’écrivait Victor Hugo : « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis. » C’est cette présence invisible que la série rend profondément émouvante.
À ses côtés, Kurt Russell apporte cette présence rugueuse et rassurante qui rappelle les grandes figures masculines du cinéma américain des années 70. Leur duo possède une grâce ancienne, presque crépusculaire.
Ce qui surprend le plus dans cette série, c’est peut-être sa douceur. Avec Sheridan, je m’attendais à des explosions de colère, des conflits territoriaux, des affrontements virils typiques de l’univers de ce spécialiste des nouveaux westerns. À la place, The Madison préfère les regards perdus, les conversations suspendues, les blessures qu’on dissimule plus qu’on ne les exprime. La série ose la lenteur. Elle prend le temps de montrer des êtres déplacés — socialement, émotionnellement, géographiquement — tentant de reconstruire un sens à leur existence.
Tout n’est pas irréprochable pour autant. Sheridan conserve ses vieux défauts. Sa vision des femmes plus jeunes reste souvent caricaturale, réduite à des archétypes un peu trop voyants. Et sa manière d’opposer New York au Montana manque parfois de nuance. Ici, la ville devient un symbole écrasant de décadence moderne quand l’Ouest américain est filmé comme une terre de vérité presque mythologique. Une opposition simpliste, parfois pesante, qui donne à certains épisodes des allures de manifeste anti-urbain.
Bref, malgré ces maladresses, The Madison possède quelque chose de rare : une sincérité émotionnelle. Là où tant de séries contemporaines cherchent le cynisme ou l’efficacité narrative, Sheridan accepte ici la vulnérabilité. Il parle du deuil comme d’une lente traversée intérieure. D’une manière d’apprendre à continuer malgré l’absence. Et c’est précisément dans ces moments silencieux, presque contemplatifs, que la série touche juste.
On comprend alors pourquoi cette œuvre divisera. Certains y verront un ovni dans la filmographie de Sheridan, un objet hybride entre mélodrame romantique, chronique familiale et western introspectif. D’autres y trouveront une méditation profondément humaine sur la perte et la renaissance. La vérité se situe probablement entre les deux. De toute façon, ceux qui n’aiment pas pourront toujours se concentrer sur Dutton Ranch, l’autre spin-off plus directement lié à la locomotive Yellowstone.
Alors oui, elle est moins puissante que Yellowstone, moins épique que le préquel 1883, mais The Madison n’en demeure pas moins une œuvre singulière. Une série imparfaite, parfois naïve, mais traversée d’éclats de grâce. Une série qui regarde ses personnages avec tendresse et filme l’Ouest américain non comme un territoire à conquérir, mais comme un lieu où l’on vient déposer ses fantômes.
Et au milieu coule une rivière. Non plus celle des grands mythes américains, mais celle, plus intime, du chagrin et du temps qui passe.
Six épisodes, c’est court. J’espère déjà une saison 2.
À voir sur Canal+.