13/06/2024
Le Nouveau Front Populaire, succédané un peu pathétique de son prédécesseur légendaire de 1936, ne réussira, électoralement, dans la durée, que s'il est capable de sortir de sa zone de confort et de son électorat assuré. Depuis bien des années nous constatons, que les forces de gauche, y compris les plus modérées, sont peu à peu chassées des zones rurales et périurbaines dans des proportions immenses. Les dernières élections européennes n'en sont que l'exemple le plus frappant.
On pourrait considérer aisément que l'emporter dans les grandes agglomérations, villes et banlieues gagnantes ou protégées des conséquences les plus violentes de la mondialisation, suffit mais mathématiquement, politiquement, cela ne suffit plus, tant le reste de la France semble de plus en plus constituer une majorité cohérente et violemment opposée à la gauche et ses différentes versions. On pourrait aussi aisément considérer que tout ceux qui font le choix du vote RN sont des crapules, des ordures racistes anti-républicains, mais hélas c'est exactement le choix qui a été fait depuis 50 ans. Période durant laquelle le FN/RN a multiplié son score par 41,02 en y associant les autres voix d'extrême-droite.
Une autre voix que l'injure, la menace, la vulgarité, les comparaisons historiques plus que douteuses, et les leçons de morale sans fin, méprisante, pleines de haine, sont plus que nécessaire pour battre le RN et ses alliées déclarés ou non. Non seulement dans les urnes, mais avant tout dans les têtes et la réalité.
Faire également le choix, programmatique, idéologique de rejeter cette France abandonnée de tous depuis des décennies est se condamner à la défaite permanente, tant la domination de la gauche dans les grandes métropoles et les banlieues repose sur un très large malentendu mais également sur une alliance programmatique très fragile. Ce choix, consubstantiel à la composition sociologique des directions d'appareils politiques, se repère depuis des décennies à présent, et a, dans les faits, livré une grande partie de la France profonde au vote FN/RN sans le moindre scrupule.
Mais en réalité soyons honnête, construire un programme qui rassemble largement à gauche et garde son entière cohérence tout à fait impossible : Qui peut penser une seconde que les héritiers de François Hollande soutiendront les nationalisations des communistes ou les revendications anti-polices insoumises ? Qui peut penser que le communiste Fabien Roussel ou le socialiste Olivier Faure soutiendront les réunions différenciées en fonction des "races" et des couleurs soutenues par Sandrine Rousseau et Danièle Obono ? Que Marine Tondelier soutiendra la construction de centrales nucléaires ?
La gauche pour sortir de l'ambiguïté doit rompre avec tout un tas de dogme et revenir à des réalités plus concrètes affrontées tous les jours par les français. Elle doit aussi et reprendre pied dans des régions entières du pays, abandonnées, méprisées par tout une génération de politiques urbains, connectés, se croyant à la pointe de la mode et de la bien-pensance, mais ne sont que des purs produits de ces français d'aéroport espérés par les ultra-libéraux rêvant la destruction des nations et des enracinements sous toutes ces formes.
Personnellement, je doute vivement que le "Nouveau Front Populaire" n'y arrive en une semaine, tant le chemin à parcourir est immense, tant les directions des appareils sont éloignées de ses réalités concrètes, tant ces derniers sont plein d'idéologies étrangères venues d'autres sphères culturelles rêvant de la dissolution de la société au profit de communautés indépendantes les unes des autres au nom de la liberté de l'individu-et la détestation du commun.
À l'espoir, l'enthousiasme des derniers jours, devra s'imposer la patience, le travail et la lucidité dans les mois, les années à venir et cela, quel que soit le résultat des futures élections législatives du 30 juin et 7 juillet prochain.