09/04/2026
Les eaux profondes
Valentine Vermeil
Dans le travail de Valentine Vermeil, il y a d’abord une attention au monde qui ne cherche ni à le dominer ni à l’expliquer, mais à s’y tenir, au plus près. Née en région parisienne au milieu des années 70 et installée à Marseille depuis 2014, elle a glissé de la communication visuelle vers la photographie comme on rejoint un espace plus poreux, un lieu où les images ne se fabriquent pas seules mais adviennent dans la rencontre. Chez elle, le réel n’est jamais une évidence : il se négocie, se frôle, se laisse apprivoiser.
Sa pratique oscille entre documentaire et geste plastique, entre ce qui est là et ce qui affleure. Les images ne restent pas isolées : elles se rassemblent, se déploient en ensembles, en installations dont les formats varient comme pour mieux épouser les formes du sensible. Ce qui pourrait sembler banal devient le point de départ d’un déplacement intérieur. Elle cherche moins à montrer qu’à faire résonner : faire surgir, dans le quotidien le plus simple, une mémoire, une émotion, une sensation capable de transformer ce réel en espace d’accueil, en fiction intime.
Dans Les eaux profondes, réalisée dans la Somme lors d’une résidence avec Diaphane en 2024, cette recherche trouve une densité particulière. Le territoire n’est pas seulement traversé : il est éprouvé. Valentine Vermeil y engage davantage son corps, ses sens, comme pour déplacer l’acte photographique vers une expérience plus tactile, plus incarnée. Il y a les rencontres, essentielles, humaines, généreuses. Et puis il y a la nature, l’eau, les marais, les verts fragiles du printemps qui devient une matière vivante.
Les images semblent alors naître d’un contact. Elles portent en elles quelque chose de l’ordre du frôlement : une sensualité des formes, une étrangeté des textures, des corps qui apparaissent et disparaissent, comme saisis dans un entre-deux. La vision devient haptique, elle ne regarde plus seulement, elle touche. Et dans cet espace incertain se dessine une narration discrète, presque un conte rural. (La suite en commentaire)