17/02/2026
« La ville ordinaire »
Vincent Bloch
Acrylique sur toile.
Installé à Dakar depuis plusieurs années, Vincent Bloch est venu à la peinture après un long parcours dans l’image. Cameraman puis photographe, il a d’abord appris à regarder avant d’apprendre à peindre. Cette attention au réel, au cadre juste et à la lumière d’un instant traverse aujourd’hui toute sa pratique.
Ses peintures frappent par leur précision. À distance, on croit voir des photographies. En
s’approchant, la matière apparaît, les couches d’acrylique, la lenteur du geste.
Tout est peint, patiemment.
On a parfois la sensation d’être devant un film mis sur pause. Une image arrêtée. Un moment suspendu. Comme si la vie continuait avant et après la scène. Chaque tableau ressemble à un fragment d’histoire saisi au milieu du mouvement.
Avec « La ville ordinaire », sa toute première exposition individuelle, Vincent Bloch choisit de poser son regard sur ce que l’on traverse chaque jour sans toujours le voir.
Les boy Dakar, les sapeurs, les passagers dans les bus ou les taxis, les silhouettes croisées dans la rue, les attentes, les temps morts, et parfois une femme immobile sous un parapluie, regardant les gouttes d’eau rester en suspens dans la lumière. Rien d’exceptionnel en apparence.
Et pourtant, tout est là.
La ville respire. Les présences comptent. Le silence aussi.
Vincent ne cherche ni l’événement ni l’exotisme. Il s’attache à ces instants simples qui composent la trame d’une journée, à ces gestes modestes qui racontent, sans bruit, la dignité des vies
ordinaires.
Comme il le dit lui-même :
« Je peins des gens extraordinaires dans une ville ordinaire. »
Depuis sa création en 1996, la Galerie ARTE a toujours été sensible à la peinture figurative, et plus encore lorsqu’elle est ancrée dans le réel sénégalais, dans Dakar, dans ces présences et ces scènes du quotidien qui racontent la vie autour de nous.
Le travail de Vincent Bloch s’inscrit naturellement dans cette continuité. Ses personnages apparaissent souvent seuls, absorbés dans leurs pensées, comme retenus dans un temps intérieur. Il se dégage de ces images un calme particulier, une forme de silence qui peut parfois évoquer l’atmosphère des peintures d’Edward Hopper, où chaque scène suggère plus qu’elle ne raconte.
Au-delà de la virtuosité technique, ce qui touche est la justesse du regard. Une manière d’observer avec patience et respect, et de transformer l’ordinaire en image durable.
Joelle le Bussy, Galerie Arte, le 13/02/26