22/09/2025
P O R T R A I T
C H E I K H O U M A R D I A L L O , P H O T O G R A P H E
Un sauveur de la mémoire et du patrimoine par l’image
Cheikh Oumar Diallo défend la photo qui est un moyen de transformation sociale et culturelle. Artiste engagé, il œuvre à la sensibilisation sur le recyclage des déchets plastiques qui constituent une économie. dans sa démarche créative,
Cheikh Oumar Diallo plonge dans ses origines, partageant des valeurs authentiques. Il est dans une mission de sauvegarde de la mémoire et du patrimoine. La transmission est le maître mot dans la quête artistique du jeune photographe. Il déplore enfin le manque de formation à la photo à l’université
Cheikh Oumar Diallo est venu à la photo par le biais d’un ami de son grand frère rappeur, celui-ci touchait à la peinture. C’est lui qui m’invitait à interpréter ses tableaux. C’est à travers ces échanges qu’il s’est juré de devenir artiste photographe. Ce n’est qu’en 2020 qu’il a intégré la formation du Programme «Natangue Art», offert par la Synapse Center qui avait lieu à Africulturban. Une formation de dix mois qui a permis à Cheikh Oumar Diallo d’avoir les outils lui permettant de s’ouvrir une carrière de photographe professionnel faisant des offres et créations. Il a appris la photographie à travers l’écriture. C’est à partir des thématiques développées qu’il arrive à l’exploitation photos. Puis, il a été assistant de direction et de photographie à Makosi production, pendant une année.
Il a ensuite créé une boite de production «Kakatar Agency». Le jeune photographe sénégalais Cheikh Oumar Diallo est convaincu que la photo peut être un outil de transformation social et culturel. C’est du fait que l’art de la photo est un langage universel. Pour lui, on ne prend pas une photo mais on fait une photo. Ce, du fait qu’on est l’auteur de la composition des éléments. Ce qui permet au photographe de transmettre des valeurs universelles. On partage avec le reste du monde ses us et coutumes. La transformation par l’image, dit-il, impacte aussi sur la psychologie. Il met l’accent dans sa photographie sur des valeurs ancrées dans la psychologie collective telles que le Jom, le Fulë, le Ngor...
Le jeune photographe est aussi engagé socialement. Il sensibilise par le biais de la photographie en abordant des questions qui interpellent les communautés. Cheikh Oumar Diallo ne voit pas le monde sous l’angle problème/solution. Il est dans la sphère problème/opportunité. C’est le cas de sa série Thiaroye Sur Mer, à travers la magie de la photo, il a démontré que les déchets plastiques jonchaient la plage, avec les entreprises qui
achètent les déchets à 75 mille francs la tonne. Il s'agit de faire comprendre à la communauté que les déchets peuvent apporter de l’argent. Il était donc question pour le photographe de sensibiliser sur l’économie des déchets plastiques tout en rendant l’environnement salubre. Cheikh Oumar Diallo est aussi un membre de la croix rouge. Il a 16
ans d’engagement communautaire. Les productions artistiques du jeune photographe par
rapport à l'engagement social répondent à une continuité au fil du temps et des expériences. Le passionné de la photo peine cependant à gagner sa vie à travers son art. Il est chargé de la communication d’une personnalité publique. Et il gagne également des marchés institutionnels pour joindre les bouts et vivre pleinement sa passion, son art.
Dans sa recherche et renforcement de capacité, Cheikh Oumar Diallo a fait en 2023 une masterclass photographique dirigée par la photographe camerounaise Angèle Et́ oundi Essamba. Il a aussi participé à l’exposition «Femmes : au-delà̀ des apparences». Ce projet a été initié par l’Ambassade des Pays-Bas à Dakar et présentée au Musée de la Femme Henriette Bathily à la Place du Souvenir africain et au Musée de la Photographie de Saint-Louis. Cette première exposition de l’artiste lui a permis de dévoiler une série intitulée, «La maire mère». Cette série traduit les multiples capacités de la femme. En 2024, l’engagement du jeune photographe dans les espaces de création et de transmission l’amène également à participer au programme SPRINT’ART, qui est une incubation d’artistes visuels initiée par le Collectif Artiste Du Danu et ARCHIV’ART qui est une entité basée en Tunisie. Cet atelier a permis au jeune artiste d’apprendre à vendre ses œuvres à travers le digital et les différentes plateformes qui offrent une visibilité à travers le monde. Le regard singulier du photographe lui a valu plusieurs distinctions. Il est nominé aux Oscars de la Photographie de la CEDEAO dans la catégorie Évènementielle. Il a reçu un prix spécial du concours photo «Pollution» organisé par Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE). En 2024, il est nominé aux Oscars de la Photographie en Afrique dans la catégorie Art.
Il a remporté le premier prix de la compétition photo sur le changement climatique de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung. Son essai photographique sur l’environnement est également recommandé par le jury du Climat Change Photo Essay Prize d’Africa Soft Power. Cheikh Oumar Diallo a aussi exposé au OFF dans le cadre de la 15e Biennale de Dakar (Dak’Art) à travers deux présentations collectives, à Ouakam et à Guédiawaye. Ce qui est une motivation pour le photographe qui poursuit sa quête artistique dans cet art complexe.
Le parcours artistique de Cheikh Oumar Diallo s’est affirmé au fil des expériences par une participation active à des expositions et évènements d’envergure internationale. En 2025, il est invité au Yaoundé photo Fest au Musée national du Cameroun. Le photographe prend aussi part à Karanga, un master class international organisé par Yamato Photo et Eyewonder au Mali. Ce projet, qui avait alors invité les jeunes créateurs à repenser nos valeurs, est une expérience qui vise à bâtir une démocratie à l’africaine. Cheikh Oumar Diallo a été certifié en photojournalisme après avoir bénéficié d’une formation d’une Academy VII, d’origine américaine. Les pérégrinations et quêtes de savoir dans le domaine de la photo à travers la sous-région et le monde lui ont permis de tester et d’attester sa force de créativité artistique. Et de connaître les subtilités de son art ainsi que les réalités telles que la censure. Cheikh Oumar Diallo rappelle que chaque société a sa propre perception de l’image. Dès lors, se pose la question de savoir comment approcher ses sujets. Dans la documentation que constitue la photo, le photographe perçoit le ressenti de la personne, ce qui permet avant la prise de vue à partir d’une philosophie de faire une composition qui fait le choix artistique.
Cheikh Oumar Diallo a aussi reçu une formation en opérateur caméra. C’est ce qui lui a permis de mettre le pied dans le 7e art. Le cinéma est fait d’images en mouvement et la photo a une place centrale dans le cinéma. Le jeune photographe dit être passionné par son art qui est essentiellement une composition de l’univers à travers les couleurs. L’angle de prise de vue permet, lui, de montrer si la personne est en force... c’est aussi une autre écriture. Il a été chef opérateur du film «Borom Bakh», avant d’assurer le poste d’assistant caméra du film, repas parfait.
Le photographe a collaboré dans une production avec cinéma Marseille, dans le film Teranga
Baber Shop, qu’il a écrit. Le jeune photographe a eu la chance de côtoyer le maître de la photographie Touré Mamdémory, une idole, qui est en train lui aussi d’immortaliser le patrimoine à travers la photographie. La photo de ce grand a évolué avec le temps, de l’argentique au numérique. Pour Cheikh Oumar Diallo, cet autre mentor est un patrimoine vivant. Oumar Ly a aussi inspiré le jeune photographe qui a entamé un film documentaire sur ce personnage qui est une figure inconfortable de la photo au Sénégal. Issu de la génération du numérique, le jeune photographe est dans une dynamique d’expérimentation de la photo en argentique. Pour lui, l’image parfaite n’est que le ressenti de l’artiste et n’engage que le jugement de celui-ci. Dès qu’il est partagé, il s’ouvre à une autre perspective parce qu’à ce
moment, les gens s'approprient l'œuvre et enrichissent l’artiste. L’image à ne pas prendre est, ditil, la prise qui dévalorise. Il s’inscrit dans l’éthique de la déontologie du photographe.
Les œuvres de Cheikh Oumar Diallo sont une projection du photographe. C’est des images qui sont empreintes de sa spiritualité. Il transmet des ondes positives à travers ses images, dit-il avec le sourire. Le manque d’école dédiée à la photographie au Sénégal est déplorée par le jeune photographe. La plupart de ses pairs étaient au départ autodidactes et se sont formés à travers des échanges et se sont spécialisés. Cheikh Oumar Diallo indique qu’au-delà des techniques, la photo exige aussi une parfaite maîtrise des conceptions. L’éducation à la photographie fait aussi défaut, déplore le jeune artiste. Il souhaite que l’université ouvre une
spécialisation en photographie dans un département d’art. La question du droit de l’image est aussi floue aux yeux du photographe. Le digital facilite le travail de Cheikh Oumar Diallo qui utilise l’IA par rapport à l’organisation de ses reportages et la gestion du temps. Le projet de vie du jeune photographe, c’est de mettre sur pied une école privée de photographie.
Sitapha BAdjI
Le Quotidien L’AS