21/01/2026
Bonne année ou bon courage ?
D’habitude, je prends le temps de vous souhaiter la bonne année. Cette fois-ci, je ne l’ai pas fait. Non par oubli, mais parce que je ne sais plus très bien quoi nous souhaiter.
Je crois que cela tient d’abord à mon rapport aux réseaux sociaux. J’y suis de moins en moins et je remarque que cela a du bon. Simplement parce que ces plateformes sont loin de révéler ce que l’humain à de meilleur, bien au contraire.
Récemment, Ouest-France publiait le portrait d’un forestier du coin, publié sur le compte du journal. Un homme discret, habité par son métier, quelqu'un que je connais par ailleurs, vous savez dans la vraie vie. Un article simple, sans provocation. En commentaires, il se fait insulter et moquer sans raison. Parce que certains ne voient que l’arbre qui tombe, jamais la forêt qui pousse, celle que l'on soigne, celle qui se transmet, celle qu’on améliore, qu’on enrichie, celle que l'on fait vieillir, celle que l’on accompagne, celle dont on prend soin.
Ce déferlement n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose de plus large : la manière dont le débat public se dégrade, se caricature, se radicalise. L’approche des élections municipales aidant, la violence verbale s’intensifie, les certitudes hurlent, et la nuance disparaît. Me concernant en 2025 j'ai fait 3 signalement au procureur de la république pour harcèlement, diffamation publique et incitation à la haine.
J’ai sollicité plusieurs organes de presse pour qu’ils bloquent, sur leurs réseaux, des profils haineux et parfois dangereux, dont le point commun est de se situer très à droite de l’échiquier politique. Oui, parce que ceux qui brandissent le plus bruyamment l’étendard de la liberté d’expression sont souvent les premiers à en dépasser les limites.
Sur les réseaux, par je ne sais quel mécanique, on voit plus rapidement dans l’autre son opposé, son contraire, ce qui nous différencie. On s’insulte, on se fait insulter, notamment quand on essaye de parler d’écologie.
D’ailleurs l’avez-vous remarqué ? Nous sommes à deux mois des municipales et j’avoue ne pas avoir encore entendue un candidat dans l’Orne parler de ce sujet.
Par avance, pour les Pascal Praud des réseaux qui s’apprêtent à penser que je parle d’installer une ferme urbaine en biodynamie ou d’animer des bains de forêts, retournez à l’école.
Sur ce sujet, pour le cas des communes de la Communauté urbaine d’Alençon, les chantiers sont pourtant nombreux : préservation des terres agricoles, restauration des milieux naturels, mobilités, sobriété énergétique avenir des presque 60 000 arbres de la ville d'Alençon (je vous en reparlerai prochainement). Autant d'enjeux essentiels, invisibles dans les discours des différents candidats.
Comme nos manières d’échanger, comme le débat politique lui-même, la photographie naturaliste qui me faisait tant vibrer a glissé sur les réseaux, passant de l’art de montrer vers celui de SE montrer.
Trop de leçons, trop de postures, trop d’images sans regard, trop de plagiait aussi.
Et plus généralement, trop d’images générées par IA pour illustrer un message réactionnaire. Dire que « c’était mieux avant » à l’aide d’une image générée par « intelligence artificielle » c’est une fois de plus, laisser une place un peu trop prépondérante à la bien réelle stupidité humaine.
Alors j’ai choisi autre chose. Le retrait, parfois, est une forme de résistance. La photographie est devenue secondaire. J’écris mon prochain livre. Je peins. Je fais revenir à moi, par le geste et la matière, comme un pied de nez à la trop grande confiance que l’on accorde à l’artifice, les lieux de mon enfance, les paysages aimés, ceux qui sont aujourd’hui trop loin pour ne pas éprouver le besoin de les emporter et de les avoir un peu avec moi.
Alors, en ce début d’année, je ne sais toujours pas quoi souhaiter, sans doute le meilleur, un essor du respect, un réveil des travaux manuels, un retour des loisirs créatifs, un sursaut écologique ? Soyons fous.
Nicolas Blanchard
Chêne au verdier I, 2025
Huile sur toile 30 x 24 cm