23/07/2026
Le noir et blanc a été mon premier amour en photographie — avant même de comprendre ce que je cherchais à raconter, c'est lui qui m'a happée. À la maison, il y avait un tiroir rempli de photos, et j'adorais m'y plonger, chercher les clichés en noir et blanc de mes parents, plus jeunes, plus flous parfois, mais infiniment plus vrais. C'est peut-être là que tout a commencé.
Il y a quelque chose dans cette absence de couleur qui ressemble à une confession : on ne peut plus se cacher derrière la beauté facile d'un ciel orange ou d'une eau turquoise. Il ne reste que la lumière, la matière, l'émotion nue.
La couleur documente. Le noir et blanc, lui, révèle. Il gomme ce qui distrait pour ne garder que l'essentiel — un regard, un geste, un silence entre deux corps. Une montagne qui n'a plus besoin d'être belle pour être vraie, un ciel qui pèse de tout son poids sans artifice. Ce que la couleur donne à voir, le noir et blanc le donne à ressentir.
C'est peut-être pour ça qu'il me reste de l'argentique une nostalgie tenace : cette idée qu'une photo n'est pas qu'une image, mais une empreinte du temps qui passe, patiente, presque solennelle — la même empreinte que je retrouvais, enfant, dans ce tiroir.
Alors à chacune de mes séances, il y a toujours, quelque part, une photo qui échappe à la couleur. Un hommage discret à ce premier amour, et à ce tiroir qui m'a tout appris du temps qui passe.
Et c'est peut-être pour ça, aussi, que je choisis de refermer les Lofoten avec ces images-là. Parce que la couleur appartenait au voyage — à ce qu'on vit, à ce qu'on traverse, encore présent, encore chaud. Le noir et blanc, lui, appartient déjà au souvenir.
Il porte en lui cette mélancolie tranquille de ce qui vient de se terminer, cette distance qu'on ne choisit pas mais qui s'installe, doucement, dès qu'un voyage devient un passé. Refermer les Lofoten en noir et blanc, c'est déjà commencer à m'en souvenir.