Brèves de fleurs

Brèves de fleurs Derrière le nom d’une , d’un , d’un ou d’une mauvaise se cache

Les lilas de Madeleine, elle les aime tant…Voilà les premiers vers de Madeleine*, une chanson créée en 1961 par Jacques ...
04/05/2022

Les lilas de Madeleine, elle les aime tant…

Voilà les premiers vers de Madeleine*, une chanson créée en 1961 par Jacques Brel, Jean Corti et Gérard Jouannest :
Ce soir, j’attends Madeleine
J’ai apporté des lilas
J’en apporte toutes les semaines
Madeleine elle aime bien ça…
Ah ! Les fameux lilas que le Grand Jaques n’arrive pas, tout au long de cette magnifique chanson culte, à offrir à cette Madeleine puisque tout au long de la ritournelle elle va lui faire faux bond.

Bref, étymologiquement parlant, le mot lilas tire son nom très probablement de l’arabe lilâk, via le portugais lilás puis l’espagnol lilac. Ce lilâk arabe viendrait également du persan lîladg ou lïlang, ces deux mots voulant dire « indigo », en d’autres termes, certainement un rappel à la couleur des fleurs du lilas commun ou Syringa vulgaris L.

Il faut remonter à la mythologie grecque pour en retrouver une origine du mot Syringa qui aura son importance par la suite. Syrinx était une nymphe dont, on s’en doute, la beauté était époustouflante. Elle avait voué sa virginité à Artémis, la déesse de la nature et de la chasse, qu’elle imitait tant par sa tenue que par ses gestes et manières. Pan, le dieu des bergers et des troupeaux tombe sous le charme de Syrinx. Malheureusement pour lui, son aspect mi-homme mi-bouc, ne produit pas l’effet identique sur la nymphe. Devant les avances importunes et plus que déplacées de Pan, la nymphe prend la fuite. Pan se lance aussitôt à sa poursuite. Malheureusement pour la naïade, elle arrive au bord du fleuve Ladon et ne peut le traverser. Pan est sur ses talons. Alors, Syrinx implore les nymphes du fleuve de venir à son secours et, au moment au Pan croyait pouvoir la rattraper et la capturer, l’impudent n’enlaça qu’une brassée de roseaux, la nymphe avait disparu, elle s’était transformée. De dépit, il en coupa quelques brins de longueurs inégales qu’il assembla avec de la cire d’abeille… La flûte de Pan était née. Le nom de genre Syringa, vient donc du grec syrinx et peut se traduire par tube ou paille. Au passage, seringue est issue de la même origine et tenez-vous bien, seringat également.

Pour certains, on devrait l’introduction du Lilas en Europe à Ogier Ghiselin de Busbecq. Il l’aurait ramené de Constantinople où il était ambassadeur du Saint Empire romain germanique auprès du sultan de l’empire Ottoman, Soliman le Magnifique en 1554 et 1556. On raconte également que c’est lui qui aurait ramené à Vienne le marronnier d’Indes, la jacinthe et surtout des bulbes de tulipes. Ces bulbes, il les confie à Charles de l’Écluse, alors conservateur des jardins impériaux. Au passage, c’est à partir de ces bulbes de tulipe que Charles de l’Écluse en en ramenant aux Pays-Bas va être à l’origine de la tulipomanie qui au XVIIe siècle va générer une crise financière, considérée aujourd’hui comme la première bulle spéculative. Mais revenons à notre lilas, car là aussi Ogier Ghiselin de Busbecq va être bien malgré lui à l’origine d’une confusion qui perdure encore de nos jours, soit près de six siècles plus t**d. Le lilas n’était pas le seul nouvel arbuste aux fleurs parfumées que ce cher ambassadeur avait ramené de Constantinople. Avec lui, s’en trouvait un autre dont les tiges creuses, aux dires d’Ogier Ghiselin, servaient tout comme celles du premier à la confection de tuyaux de pipes. Avec Charles de l’Écluse, ils vont décider de donner aux deux arbustes le nom de syringa. Syringa flore caeruleo pour celui à fleurs violettes et Syringa flore albo pour le second qui avait des fleurs blanches. Et l’imbroglio qui perdure vient de là. Sous le nom de Syringa flore caeruleo se cache le vrai lilas qui aujourd’hui se nomme Syringa vulgaris L. et sous celui de Syringa flore albo se cache le Philadelphus coronarius L. plus connu sous le nom de seringat… Seringat, Syringa, vous voyez un peu la confusion ? Et pourtant les deux espèces appartiennent à des familles différentes. Le lilas appartient à celle des Oleaceae (forsythias, frênes, oliviers…), le seringat à celle des Hydrangeaceae (hortensias). Du temps d’Ogier Ghiselin de Busbecq, pour dénommer une plante, on se basait sur une description latine de la fleur par une suite de mots plus ou moins longue sans trop essayer de classer ces plantes par famille... En 1623, Gaspard Bauhin va remettre un peu d’ordre dans la botanique et histoire de simplifier la dénomination des végétaux, invente la nomenclature binomiale (le nom d’une plante est composé d’un nom de genre et d’un nom d’espèce) que l’on attribuerait plus ou moins à tort à Linné. Dans ses travaux, Bauhin va rebaptiser le lilas en Syringa caerulea et le seringat en Philadelphus Athenaei. Enfin, Linné, dans l’idée peut-être de s’attribuer la paternité de la nomenclature binomiale et d’effacer Bauhin des livres de botanique, va renommer les deux espèces en Syringa vulgaris L. et Philadelphus coronarius L.

Dans le langage des fleurs, le fait d’offrir un bouquet de lilas peut avoir plusieurs significations. Si on en offre des blancs à une jeune fille cela sous-entend qu’on en est amoureux, mais aussi que le prétendant que nous sommes, respecte sa virginité. Si les lilas sont mauves, c’est carrément une déclaration de demande en mariage. Alors, d’après vous, de quelle couleur pouvaient les lilas que Jacques Brel avait apportés pour les offrir à Madeleine ?

Enfin pour terminer, une collection de lilas à découvrir absolument, surtout en avril-mai quand ils sont en fleurs, c’est celle des Jardins botaniques du Grand Nancy et de l'Université de Lorraine . Dans leur collection baptisée patrimoine horticole lorrain, labélisée Collection national par le CCVS - Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées, sont présentés les cultivars de lilas (190 sur 214 pour l’instant) créés par la famille Lemoine de Nancy entre la fin de la guerre de 1870 et le milieu des années cinquante. Certains de ces cultivars font toujours partie des best-sellers que vous pouvez acquérir chez les meilleurs pépiniéristes. Sans conteste, l’un des plus réputés est le Syringa vulgaris cv. Madame Lemoine, une variété créée en 1883 et mise au catalogue des établissements Lemoine en 1890, il a été le premier cultivar à avoir des fleurs doubles et blanches.

*Avec l’aimable autorisation d’Universal Music Publishing et des Éditions Jacques Brel

La Tulipe… Ça eut payé… Mais ça n’paye plus...On raconte volontiers que la tulipe aurait été introduite en Europe par Ch...
28/04/2022

La Tulipe… Ça eut payé… Mais ça n’paye plus...

On raconte volontiers que la tulipe aurait été introduite en Europe par Charles de L’Écluse, un médecin et botaniste né à Arras en 1526. Il est le créateur du Jardin botanique de Leyde aux Pays-Bas en 1590, l’un des tout premiers au monde. Après avoir étudié dans des universités belges et allemandes, Charles de L’Écluse va à Montpellier étudier la botanique. Plus t**d, il sera nommé conservateur des jardins impériaux à Vienne par Maximilien II, empereur du Saint-Empire et archiduc d’Autriche. L’initiateur de l’arrivée de la tulipe en Europe est Ogier Ghiselin de Busbecq. Il était ambassadeur du Saint-Empire romain germanique auprès du sultan de l’empire Ottoman, Soliman le Magnifique au milieu du XVIe siècle. Donc de retour à Vienne, Ogier Ghiselin de Busbecq aurait confié des bulbes de tulipe à Charles de L’Écluse pour qu’il les cultive.

En quittant Vienne, Charles de L’Écluse lui, va emmener avec lui des bulbes de tulipe et démarrer la culture de la plante aux Pays-Bas. Sans le vouloir, il va être à l’origine de la fameuse tulipomanie. D’après certains historiens, c’est la toute première bulle spéculative. À l’époque certains bulbes s’échangeaient à des prix à peine imaginables aujourd’hui. Un seul oignon de tulipe pouvait valoir l’équivalent de dix fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé… Pour vous donner un ordre d’idée, c’est aujourd’hui un prix bien au-delà de celui d’une petite voiture rouge dont le logo est un cheval cabré… Rapporté au prix du kilo, ça devait faire mal… De nombreux investisseurs y ont perdu énormément suite à la chute des cours.

En réalité, la tulipe n’aurait vraisemblablement pas dû s’appeler tulipe. En turc, la plante se nomme lâle et en persan, lāla. Donc, peut-être aurait-elle dû s’appeler Lale ou encore Lala ou quelque chose s’en approchant. Bref, je vous offre la fleur de la lala ? Pourquoi pas. Les Perses adoraient en porter sur leur turban lorsqu’elles étaient en fleur et il est vrai que la forme de la fleur rappelle de près ou de loin un peu celle des turbans perses… Étymologiquement, le mot Tulipe vient du mot turc tülbent, venant lui-même du persan dulbend ; tous deux se traduisant par turban. Il se pourrait donc qu’Ogier Ghiselin de Busbecq ou Charles de L’Écluse aient confondu le nom de la plante avec celui du couvre-chef ottoman.

Les tulipes n’ont que trois pétales. Elles ont aussi trois sépales qui souvent ont la même couleur que les pétales. Ces pétales et ces sépales peuvent avoir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sauf une… le bleu. On pourrait croire que certaines sont bleues, mais il s’agit en réalité d’une teinte de violet. D’autres ont une teinte violette si foncée qu’on les prendrait pour la fameuse Tulipe noire, si chère à Alexandre Dumas…

Il existe environ 150 espèces de Tulipes dans la nature dont certaines sont présentes en France et aussi dans le Grand-Est. On peut voir au printemps des Tulipes sauvages (Tulipa sylvestris L.) colorer le vignoble alsacien par exemple. Cette espèce est inscrite au Livre Rouge de la flore menacée française.

Les Pays-Bas en ont fait leur fleur nationale. On la retrouve également sur le drapeau de l’Iran où elle symboliserait les martyrs morts pour le pays ; la croyance voudrait qu’une tulipe pousse à l’endroit où est enterré un homme mort pour la patrie. Depuis 2005, on retrouve également un motif de tulipe sur le fuselage des avions de la Turkish Airlines.

La tulipe est symbole de l’amour et dans le langage des fleurs, les tulipes roses expriment une affection et un amour naissant. Les rouges expriment une déclaration d’amour, les jaunes sont gage d’amour impossible. Quand elles sont blanches, elles sont image d’un amour extrême et sincère. Elles peuvent aussi être noires, alors elles symbolisent un amour intense vivant dans la souffrance. Si vous ne savez pas lesquelles offrir, et sans vouloir trop vous tromper, acheter un bouquet de tulipes aux couleurs panachées, elles sont signe d’admiration ou de séduction. On la retrouve entre autres dans un très vieux conte du nord de l’Inde : La rose de Bakawali. Dans ce conte, le héros tombe éperdument amoureux d’une fée délicate qui n’a d’autres ornements que sa ravissante beauté et devant la quitter, il clame dans un vers : « Je quitte ce jardin en emportant dans mon cœur, comme la tulipe, la blessure de l’amour malheureux… ».

Le buis ? Une simple mise en boîte…Ceux qui ont eu à lire le chef-d’œuvre d’Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, quand ils...
12/04/2022

Le buis ? Une simple mise en boîte…

Ceux qui ont eu à lire le chef-d’œuvre d’Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, quand ils étaient au collège, ou les autres, sont peut-être passés à côté de la dédicace de l’auteur à une certaine Maria. Je me permets de vous la rappeler ici :
À Maria
Que votre nom, vous dont le portrait est le plus bel ornement de cet ouvrage, soit ici comme une branche de buis bénit, prise on ne sait à quel arbre, mais certainement sanctifiée par la religion et renouvelée, toujours verte, par des mains pieuses, pour protéger la maison.
Cette Maria, c’est sa maitresse de l’époque, Marie du Fresnay dont Balzac s’est inspiré fidèlement de ses traits pour en faire ceux de l’héroïne de son célèbre roman, écrit en 1833. Certains biographes vont jusqu’à prétendre que cette dédicace a été faite, non seulement à Marie du Fresnay, mais aussi à une comtesse polonaise, Ewelina Hańska qui deviendra son épouse en 1850, j’ai des doutes. Bref, le propos de cet écrit n’est pas de disserter sur les nombreuses conquêtes féminines de l’homme de lettres, mais de la branche dont il est question dans la dédicace, celle de buis (Buxus sempervirens L.).

Quel lien peut-il bien y avoir entre une boîte et du buis ? Aucun me direz-vous avec assurance, à moins que la première soit fabriquée avec le second, pourriez-vous rajouter d’un air goguenard… Eh bien, détrompez-vous, en simplifiant la chose, le mot boîte vient du mot buis… En réalité, le mot “boîte” vient du vieux français boiste, tout le monde peut le deviner par l’accent circonflexe sur le “i”. Quelques siècles auparavant, on appelait cette boiste : buxita en latin vulgaire, qui était tiré de buxus. Ce buxus a été emprunté au grec puksos qui veut dire « dru, serré »… Ces termes désignaient aussi différents récipients, bien souvent des boîtes, réalisés en bois de buis. Même en anglais, le nom du buis a un rapport avec une boîte. En général, une boîte se traduit en anglais par box et le buis par common box ou encore European box, ça ne s’invente pas… Aujourd’hui, le bois de buis est toujours réputé pour sa couleur, sa dureté, la finesse de son grain et son aspect lisse et brillant une fois poncé… De quoi la fermer… La boîte.

Mais ce n’est pas tout. On fabriquait aussi des tablettes à écrire, appelées pyxides. La pyxide était aussi une boîte, dans laquelle les chrétiens conservaient les hosties consacrées. En italien, bossolo, signifiait « petite boîte » et également « buis »… Devinez comment s’est appelée la petite boîte, souvent en buis, dans laquelle quelqu’un eut l’idée d’y placer une aiguille aimantée pour indiquer le Nord… une Boussole. Et buisson, à votre avis, d’où tire-t-il son origine si ce n’est toujours de buis ?

Pour les lorrains, les noms des communes comme Bouxières-aux-Chênes, Bouxières-aux Dames en Meurthe-et-Moselle, Buxerulles et Buxières-sous-les-Côtes dans la Meuse ou encore Bouxières-aux-Bois dans les Vosges… Tous ces noms de communes trahissent en quelque sorte la présence du buis dans les environs. En France métropolitaine ou ailleurs, il doit bien y avoir d’autres communes, ici ou là, dont le nom a un lien de près ou de loin avec la présence de buis dans leurs parages et que j’ai bien involontairement oubliées.

Le terme sempervirens, quant à lui, est issu du latin semper (toujours) et virens (vert), le buis est un arbuste à feuilles persistantes, donc toujours vert. C’est ce côté persistant qui est utilisé dans les rites chrétiens, notamment le dimanche des Rameaux. Ce jour-là, le dimanche précédant Pâques est un jour où les prêtres bénissent des rameaux de buis en souvenir d’un épisode de la vie de Jésus. La rentrée du Christ dans Jérusalem chevauchant un âne et acclamé par la foule agitant des rameaux coupés aux arbres alentour. On donnait à ce buis bénit de nombreux pouvoirs. Si on le jetait au feu dans l’âtre, il devait éloigner les orages et la foudre dès le premier coup de tonnerre. Accroché au crucifix, il chassait le mauvais œil, protégeait et favorisait la prospérité de la maison… Également en raison de la dureté de son bois, le buis est symbole de persévérance et d’immortalité de l’âme. Toujours chez les chrétiens, l’expression Pâques fleuries vient aussi du buis car, pour qu’il soit béni, il fallait que les rameaux vendus à l’entrée des églises le dimanche des rameaux soient en fleurs.

Autrefois, dans le Morvan, on donnait au buis des propriétés divinatoires. Le soir de l’Épiphanie, la tradition voulait qu’on interprète les tribulations d’une feuille de buis, placée sur un poêle chaud. Cette feuille gonflait, tournoyait un certain temps puis éclatait. De cette façon, on pouvait lire l’avenir des personnes présentes.

Pour terminer, je ne vais pas trop m’étendre sur la pyrale du buis… Qui n’en a pas encore entendu parler. Les chenilles de ce papillon dévorent les feuilles et ne laissent que les rameaux, entraînant bien souvent la mort de l’arbuste attaqué. Au passage, le papillon est originaire, de Chine.

Un arbuste ordinaire en l’honneur d’un jardinier extraordinaireDès les premières ardeurs printanières du soleil, les bra...
06/04/2022

Un arbuste ordinaire en l’honneur d’un jardinier extraordinaire

Dès les premières ardeurs printanières du soleil, les branches de cet arbuste se couvrent d’épais manchons de fleurs jaune d’or. Cette explosion florale en fait un des arbustes préférés des jardiniers et l’un des plus couramment rencontrés dans nos parcs, jardins et autres espaces verts. Il l’est tellement qu’il est devenu presque banal contrairement à la petite histoire qui se cache derrière son nom. Avec cette description sommaire vous aurez certainement reconnu le forsythia.

Une grande partie des dizaines de cultivars différents proposés aujourd’hui aux jardiniers est issue d’une sélection d’un semis effectué en 1878, dans le jardin botanique de Göttingen, par Hermann Zabel, directeur de l’académie forestière de Prusse. Cette sélection, née d’une hybridation entre deux espèces, Forsythia suspensa (Thumb.) Vahl. et F. viridissima Lindl. sera baptisée Forsythia x intermedia Zabel et sera commercialisée dès 1885. Pour la petite histoire et vous remettre un peu dans l’ambiance de l’époque, on est quelques années après la cuisante défaite de 1870 et toute référence, de près ou de loin à ce qui pouvait venir d’outre-Rhin n’était franchement pas des plus apprécié, les horticulteurs et pépiniéristes français vont contourner le problème en le baptisant mimosa de Paris.

C’est le naturaliste suédois Carl Peter Thunberg qui a fait connaître la plante en Europe à la fin du XVIIIe siècle. Lors de son voyage au Japon, il avait remarqué un arbuste dans un jardin, en fit quelques boutures et préleva des échantillons d’herbier qu’il envoya et ramena en Europe sous le nom de Syringa suspensa Thunb qu’il lui avait attribué. En 1804, Martin Vahl, professeur à l’université de Copenhague, étudia les échantillons et les travaux d’observation de Thunberg. Il se rendit rapidement compte que la plante n’avait qu’un lien de parenté relativement lointain avec un lilas dont Thunberg lui avait attribué en nom de genre (Syringa). En effet, le végétal en question fait partie de la famille des Oleaceae, celle des lilas, mais aussi des frênes et des oliviers. Il décrivit la plante et la baptisa avec un nouveau nom de genre : Forsythia, en l’honneur de William Forsyth. Il garda tout de même le nom d’espèce que Thunberg lui avait donnée. Malheureusement pour Vahl, il décédera en décembre de la même année, avant que le résultat de ses recherches et ses écrits ne soient publiés. Ce sera chose faire l’année suivante, en 1805.

William Forsyth est né en 1737 dans un petit village du nom d’Oldmeldrum au nord d’Aberdeen en Écosse. Des premières années de sa vie on ne connaît pas grand-chose si ce n’est qu’il aurait appris le métier de jardinier à Haddo Park, à quelques kilomètres de son village natal.

En 1762, il décide de partir faire fortune et se retrouve à Londres où il devient apprenti sous les ordres d’un autre Écossais, Philip Miller à l’Apothecaries Garden, second plus vieux jardin botanique de Grande Bretagne après celui de l’université d’Oxford. On connaît aujourd’hui ce jardin plus volontiers sous le nom de Chelsea Physic Garden. Il s’est vite fait remarquer et s’est fait un nom au point que dès l’année suivante, il est embauché comme jardinier en chef à Syon House au service de Lord Northumberland.

En 1771, il succède à Philip Miller à la tête du jardin de Chelsea et y restera un peu plus d’une dizaine d’années. Grâce à Miller, le jardin avait déjà acquis une réputation des plus méritées de plus riche jardin botanique au monde. William Forsyth va s’efforcer de l’entretenir et de l’accroitre encore plus. Cependant, son embauche va être soumise à l’acceptation de règles strictes imposées par le Comité de surveillance du jardin. Chaque détail d’aménagement, chaque nouvelle introduction de plantes ou de graines devaient être validés, de même que chaque déplacement devait recevoir l’aval du Comité. Ces contraintes plus ou moins excessives ainsi qu’une rétribution annuelle bien maigre de 50 £ ne vont pas l’empêcher d’accepter la charge. Rendez-vous compte, se retrouver à 34 ans à la tête du plus important jardin botanique du pays voire du monde entier, la mission ne pouvait être autant prestigieuse qu’ambitieuse. Quoi qu’il en soit, il va tout de même réussir à enrichir les collections par l’introduction de nombreuses espèces dont certaines exotiques, comme le flamboyant (Caesalpinia pulcherrima (L.) Sw.) ou encore le piment de la Jamaïque (Pimenta dioica (L.) Merr.), des plantes pas forcément médicinales comme était le but premier du jardin. Il va également réaménager les plates-bandes du parc selon la toute nouvelle classification systématique de Linné. En 1774, il va créer la première collection de plantes alpines en Europe sous la forme d’une rocaille. La petite histoire raconte que le Comité n’ayant pas suffisamment de fonds pour créer cette rocaille, Forsyth s’est alors tourné vers la récupération de matériaux de construction et il va, par exemple se servir de pierres de la fameuse tour de Londres. De nos jours, la rocaille serait toujours en place et par conséquent présentée comme la plus ancienne du vieux continent, consacrée à la culture de plantes alpines et de plantes méditerranéennes.

En 1784, il est nommé surintendant des jardins royaux de Saint James, situé entre Buckingham Palace et Downing Street et de Kensington un peu plus à l’ouest. Un poste qu’il gardera jusqu’à sa mort, le 25 juillet 1804. Il va y acquérir une renommée internationale en tant qu’expert en sylviculture et surtout en arboriculture fruitière. En 1802, il publie A Treatise on the Culture an Management of Fruit Trees, un traité sur la culture et la gestion des arbres fruitiers qui fera longtemps référence en la matière. Cet ouvrage aura droit à de nombreuses rééditions et sera même traduit en français dès l’année suivante, c’est peu dire pour l’époque.

Il va aussi inventer un mastic extraordinaire, le Forsyth’s plaister, capable de soi-disant non seulement fermer les trous et de consolider l’arbre, mais surtout permettre la repousse de bois neuf et sain. William Forsyth va garder sa recette secrète. Sa découverte va susciter l’intérêt manifeste des plus hautes autorités britanniques. En effet, avoir des arbres sains, en particulier des chênes, était indispensable à la marine de sa majesté pour la construction de navires. Les besoins étaient croissants et les arbres de plus en plus rares. Pour vous remettre un peu dans le contexte de la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, on est peu de temps après la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique et par conséquent la perte des colonies et du bois qu’elles pouvaient produire. De plus, les relations avec ses voisins français ne sont pas franchement au beau fixe. En juillet 1789, les deux branches du parlement nomment une commission chargée d’étudier l’efficacité de ce fameux mastic et d’en faire un rapport au Trésor. L’avis étant favorable, Forsyth est obligé de divulguer la recette contre la coquette somme de 1500 £, une petite fortune quand on se rappelle les 50 £ annuelles qu’il percevait à Chelsea. La mixture était élaborée à base de fumier frais, de chaux, de centre de bois, de sable de rivière auquel il fallait ajouter un peu de savon et tenez-vous bien, cerise sur le gâteau ou plutôt the icing on the cake devrais-je écrire, de l’urine. L’affaire fit scandale non pas par la présence d’ingrédients plus ou moins douteux mais, parce que la recette était quasi identique à celles déjà utilisées en ce temps-là.

En 1801, John Wedgwood, un horticulteur britannique renommé, écrit une lettre à William Forsyth. Petite parenthèse au passage, John Wedgwood n’était autre que l’oncle d’un certain Charles Darwin. Dans cette lettre, Wedgwood soumet à Forsyth l’idée de la création d’une Société dont l’objet serait de recueillir toutes les informations concernant la culture et le traitement de toutes les plantes et de tous les arbres. Il faudra attendre quelques années et le 7 mars 1804, pour que sept hommes se rencontrent à la librairie Hatchards à Piccadilly et qu’ensemble, ils décident de la création de l’Horticultural Society of London. Parmi ces sept membres-fondateurs, outre William Forsyth et John Wedgwood se trouvaient également des noms illustres de la botanique du XVIIIe et du XIXe siècles comme Sir Joseph Banks, Charles Francis Greville, Richard Antony Salisbury, James Dickson et William Townsend Aiton. Aujourd’hui, cette société, toujours très active, se nomme la RHS - Royal Horticultural Society. Elle peut s’enorgueillir d’avoir plus d’un demi-million de membres, excusez du peu. Elle possède 5 superbes jardins répartis en Angleterre et organise régulièrement des expositions florales dont le célèbre Chelsea Flower Show, dans les jardins du Royal Hospital Chelsea à Chelsea, un quartier de l’Ouest de Londres. Enfin, elle promeut l’horticulture par des projets de jardinage communautaire et un vaste programme éducatif. Elle soutient aussi la formation de jardiniers professionnels et amateurs.

Le coup de vieux du séneçon Le genre Senecio appartient à une des plus importantes familles du règne végétal, les Astera...
29/03/2022

Le coup de vieux du séneçon

Le genre Senecio appartient à une des plus importantes familles du règne végétal, les Asteraceae, celle de la marguerite ou encore du pissenlit. Le genre lui-même n’est pas en reste, il compte près de 1500 espèces. C’est un genre cosmopolite, il est l’un des rares genres présents sur les cinq continents. Le séneçon commun ou Senecio vulgaris L. est qualifiée, plus ou moins justement, de mauvaise herbe ou d’adventice. Qui, dans son jardin, n’a jamais arraché une fois un pied de cette plante ?

Côté étymologique, vous aurez certainement deviné que les mots séneçon et Senecio avaient une origine commune. Celle-ci est latine et vient de senex qui veut dire vieillard. Certainement que notre cher Carl (Linné), en observant les groupes d’akènes coiffés de soies blanches, a imaginé apercevoir une tête de vieillard aux cheveux blancs. Cependant, bien qu’étant une plante annuelle, le séneçon commun fleurit quasiment toute l’année et en toute saison, on peut compter jusqu’à trois générations en une seule année… Plutôt vigoureux le pépère, non ? Au passage, les mots sénior, sénile ou encore sénescence ont la même origine étymologique et tenez-vous bien, sénat et par conséquent sénateur également… Euh… Je dis ça…

Ce séneçon vulgaire était connu dans l’Antiquité gréco-latine sous le nom d’Erigéron. Au passage, érigéron est tiré du grec « erion » laine et de « geron » vieillard… décidément. Dioscoride, médecin, pharmacologue et botaniste grec, lui donnait des vertus anti-inflammatoires. Pline, quant à lui, rapporte une façon singulière de calmer les maux de dents : « On arrache l’Erigéron et on touche trois fois la dent en crachant à chaque fois et si on remet la plante au même endroit de manière qu’elle reprenne, cette dent ne fera plus souffrir ». J’ai des doutes, j’ai des doutes.

Une autre espèce, le séneçon de Jacob (Senecio jacobaea L. aujourd’hui Jacobaea vulgaris Gaertn.) a une réputation assez sulfureuse. Et pour cause, c’est lui qui est à l’origine du balai des sorcières. On raconte que pour se rendre au sabbat, les sorciers et sorcières enfourchaient des rameaux de la plante. Et ce n’est bien plus t**d que dans l’imagerie populaire les rameaux de séneçon se sont transformés en balais.

Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’en posséder des graines protégerait des envoûtements. Outre-manche et plus au nord en Suède, le fait de mettre une racine de séneçon dans du lait éloignerait les sorciers. Selon une autre croyance, dans les Balkans, les vampires auraient en horreur le séneçon, de là à ce qu’il soit aussi efficace que des gousses d’ail, il n’y a qu’un pas.

Enfin, le séneçon porterait chance au jeu, mais à condition déjà d’en avoir dans sa poche et qu’en même temps, on y mette une araignée… Là aussi j’ai des doutes et j’en vois déjà certains ou plutôt certaines pousser des cris d’effroi. Ils ne sont pas près de gagner au loto.

Cette plante d’apparence plus ou moins inoffensive n‘en est pas moins redoutable envers le bétail. En effet, au fil des temps, certainement d’en avoir assez de se faire brouter et j’imagine pour se défendre, la plante s’est chargée en alcaloïdes, attention, tenez-vous bien il sont qualifiés de pyrroliziniques. Au passage, le séneçon qui nous occupe n’en contient pas moins d’une demi-douzaine. Ces diesters sont hépatotoxiques et peuvent donc provoquer des dommages au foie. Les herbivores évitent de brouter ce genre de plante. Vous comprendrez maintenant que le séneçon commun, bien qu’il ait été considéré fort longtemps comme plante médicinale, soit considéré depuis 1997 comme une plante dont le rapport bénéfices/risques est défavorable en raison de sa toxicité hépatique.

Cependant, des études assez récentes ont démontré que le séneçon pouvait en quelque sorte servir de médicament à d’autres animaux. La chenille d’une espèce de papillon, tire sa nourriture d’environ 80 espèces de plantes différentes. Si elle venait à être parasitée par les larves issues des œufs qu’une mouche lui aurait inoculés, elle change de régime alimentaire et se nourrit de séneçon. Les toxines présentes dans la plante et ingérées à petites doses par la chenille ne lui font aucun mal. Par contre, elles sont suffisantes pour exterminer les parasites présents. Encore une preuve que dans la nature, l’Homme n’est pas le seul à pouvoir apporter des réponses à des problèmes donnés.

L’Hellébore et un grain de folieTout le monde, ou presque, se souvient de la fable d’Ésope : La tortue et le lièvre ? No...
23/03/2022

L’Hellébore et un grain de folie

Tout le monde, ou presque, se souvient de la fable d’Ésope : La tortue et le lièvre ? Non ?
Bon, cela vous dit pourtant quelque chose ! En fait, ce cher Jean de La Fontaine ne s’est pas trop fatigué, il a remis la fable d’Ésope au goût du jour et l’a rebaptisée : Le lièvre et la tortue.
Bref, tout le monde, ou presque, se souvient certainement qu’il y est question d’une course entre deux animaux et qu’à la fin, c’est la tortue qui l’emporte.
Tout le monde, ou presque, se souvient évidemment de la morale de l’histoire : Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Mais qui se souvient de ce passage, au début de la fable quand le lièvre, un peu étonné par la gageure et certain de sa propension, répond à la tortue, la prenant certainement pour f***e :
Ma Commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
Mais diantre, que viennent faire l’hellébore dans l’histoire ? Tenez-vous bien, il faut remonter jusqu’à l’antiquité pour y trouver un début de réponse. En effet, Dioscoride comme bien d’autres, recommandait l’Hellébore non seulement contre la folie, mais aussi contre l’arthrite, la paralysie, ou l’épilepsie. On la retrouve également dans la mythologie grecque quand un certain Mélampous, devin et accessoirement guérisseur est appelé à l’aide par Proétos, le roi de Tirynthe. Ses trois filles, après avoir refusé de se faire initier aux mystères de Dionysos, étaient devenues f***es et erraient dévêtues à travers toute la région. En échange, Mélampous exige la cession d’un tiers du royaume. Le roi refuse. Alors, le mal s’étend, d’autres femmes sont atteintes. Le souverain renouvelle sa demande à Mélampous. Ce dernier réclame alors les deux tiers du royaume. Proétos, de peur d’être obligé de consentir à des exigences encore plus insensées s’il refusait de nouveau, accepte les conditions de Mélampous. Le devin aurait guéri les possédées avec une potion à base d’hellébore évidemment.

La réputation de la plante et son utilisation, pour soigner la folie ont perduré jusqu’à la fin du XIXe siècle. Cependant, on se doutait déjà un peu la toxicité de la plante, certains s’étaient rendu compte de la dangerosité de la plante surtout en cas de mauvais dosage, elle pouvait entraîner des effets secondaires graves, voire mortels. Parmi les morts célèbres imputés à l’Hellébore, certains historiens ont émis l’hypothèse qu’Alexandre le Grand serait mort le 11 juin 323 d’une overdose d’hellébore. Est-ce suite à une prescription médicale ? Est-ce autre chose ?

En Allemagne, on l’appelle non seulement Christrosen ce qui correspond à rose du Christ ou à rose de Noël chez nous, mais surtout Nieswurz qui se traduit littéralement par racine à éternuer. Et pour cause, les racines broyées étaient utilisées comme poudre sternutatoire, d’où ce nom. On en mettait aussi dans le tabac à priser. Enfin, jusqu’au début des années 2000, on en retrouvait dans la poudre à éternuer du rayon farces et attrapes. Aujourd’hui, la réglementation européenne en interdit l’utilisation à cette fin… Euh, c’est peut-être préférable.

Toujours côté toxicité, une croyance qui remonterait au moyen âge prétend que le crapaud tirerait son poison au contact de la rose de Noël sous laquelle il se cacherait pour se protéger. Eh bien, figurez-vous que les anciens n’avaient pas forcément tort et derrière la crédulité populaire se cache une part de vérité. En effet, des analyses scientifiques ont révélé que les bufotoxines qu’on trouve sur la peau et dans le venin de certains crapauds du genre Bufo, contenaient de l’hellebrigénine, une substance irritante présente dans la rose de Noël.

Cela vous étonnerait-il si je vous disais que les roses de Noël seraient nées des larmes d’une jeune fille ? Décidément, on pourrait en écrire tout un livre avec ces fleurs plus ou moins nées de chagrins inconsolables. Bref, on raconte donc que la nuit de Noël, une pauvre bergère, voyant passer au loin les rois mages et des bergers chargés de cadeaux, se rendit compte qu’elle ne pourrait rien offrir à cet enfant singulier qui venait de naître. Un ange passant aussi dans les parages, voyant les larmes de la pastourelle tomber dans la neige, les transforma en de magnifiques fleurs blanches teintées de rose… Les roses de Noël étaient nées.

On appelle les roses de Noël également Hellébore noir, nom qui vient de sa dénomination scientifique Helleborus niger L. La rose de Noël est originaire du sud et du centre de l’Europe et elle fleurit entre décembre et mars. Une autre espèce d’hellébore, originaire de Turquie et du Caucase, est utilisée dans la décoration des jardins, elle fleurit un peu plus t**d dans la saison et avant Pâques, on l’appelle rose de Carême, c’est Helleborus orientalis Lam.

Maintenant, revenons à l’origine du mot hellébore qu’on peut aussi écrire ellébore, les deux orthographes sont admises. Étymologiquement parlant, le nom d’hellébore ne semble pas bien clair. Les linguistes ne sont pas certains de l’origine du mot et deux thèses s’opposent plus ou moins. D’après l’une d’elles, hellébore serait formé à partir des mots grecs ellós pour “faon” et bora pour “nourriture”, pourquoi pas. L’autre hypothèse semble, à mon avis, plus logique quant à la toxicité de la plante. Elle viendrait encore de mots grecs hellein pour “tuer” et bora pour “nourriture”.

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