07/06/2026
Cela fait un mois.
Un mois après cette opération qui devait changer notre vie.
J'ai été naïve de croire que ma fille allait se remettre en quinze jours. Aujourd'hui, cela fait un mois, et je sais désormais qu'il lui faudra encore du temps pour guérir complètement.
Alors, où en sommes-nous ?
Son équilibre s'améliore grâce aux exercices du kiné. Mais avancer simplement sur une ligne droite, un pied devant l'autre, reste encore compliqué.
Sa vue progresse doucement. Elle commence à ne plus voir trouble jusqu'à environ 50 centimètres. Nous gardons encore le cache, mais nous pouvons désormais l'enlever par moments pour la vision de très près.
Les vomissements, eux, reviennent ponctuellement, surtout lorsqu'elle a trop forcé la veille.
Cette semaine, Erin a tenté de reprendre le collège. Lundi matin, seulement de 9h à 12h. À la sortie, elle était déjà épuisée. Pourtant, motivée comme toujours, elle a voulu travailler l'après-midi pour rattraper son re**rd.
C'était trop.
Le lendemain a été catastrophique : vomissements toute la journée. Nous avons dû reprendre les médicaments pendant deux jours.
Comme nous l'avait expliqué le neurochirurgien, elle se sent prête. Elle veut retrouver sa vie d'avant. Mais son cerveau, lui, n'est pas encore prêt à suivre.
Trop de bruit. Trop de mouvements. Trop de concentration. Trop d'interactions sociales.
Alors nous avons laissé passer quelques jours et nous allons recommencer, progressivement, à son rythme.
Et moi, dans tout ça ?
J'ai tenu bon pendant toute cette période. J'ai avancé, géré, organisé, rassuré.
Mais comme souvent, le contre-coup finit par arriver.
Je suis impatiente de retrouver ma fille comme avant. Mais le sera-t-elle vraiment ?
Et puis il y a toutes ces questions qui restent sans réponse. Toutes ces inquiétudes pour son avenir.
Je me suis parfois sentie perdue.
Partagée entre mon rôle de maman, mon travail que j'ai mis de côté, la fatigue accumulée, l'envie de créer, et cette vague émotionnelle qui finit toujours par nous rattraper.
Aujourd'hui, j'ai envie de tourner une page.
Dire au revoir à ces six mois de souffrance, d'attente, d'angoisse et d'incertitude.
Je me suis souvent répétée que je n'avais pas le droit de me plaindre.
À l'hôpital, j'ai rencontré des parents qui n'ont pas eu notre chance.
Alors non, je ne me plains pas.
Mais cette épreuve nous a profondément transformées.
Elle a changé ma fille.
Elle m'a changée aussi.
Elle m'a surtout rappelé à quel point le temps est précieux. À quel point chaque étape de nos vies mérite d'être vécue pleinement, mais aussi conservée dans nos souvenirs.
Depuis quelques semaines, je construis doucement la suite. Je suis moins présente, moins visible, mais en parallèle j'essaie de redessiner mon avenir, ma nouvelle vision, mon nouveau chemin.
Une chose est certaine : ma famille reste ma priorité absolue.
Et peut-être que c'est justement à travers mes photos que cette valeur prendra désormais tout son sens.
Plus que jamais, la famille sera le fil conducteur de mon travail et de son évolution.
Devenir maman, tenir pour la première fois ce petit être dans ses bras, le voir grandir, l'accompagner à chaque étape de sa vie, le serrer contre soi, observer sa personnalité s'épanouir au fil des années... Ce sont des instants d'une valeur inestimable.
Les premiers jours, les premiers sourires, les anniversaires, les moments de complicité, les réussites, les épreuves traversées ensemble, les éclats de rire comme les larmes... Chaque période de la vie mérite d'être conservée précieusement.
Aujourd'hui, j'ai plus que jamais envie de capturer ces souvenirs, ces émotions et ces liens qui nous unissent. J'ai envie de raconter vos histoires, de vous permettre de revivre ces instants dans dix, vingt ou trente ans, et de voir tout le chemin parcouru.
Voir grandir vos enfants, voir évoluer vos familles et partager ces morceaux de vie à vos côtés est devenu bien plus qu'un métier : c'est ce qui donne du sens à ce que je fais.
Peut-être que c'est cela que cette épreuve m'a appris : ne plus attendre pour créer des souvenirs, ne plus remettre à demain les câlins, les photos, les moments partagés.
Parce qu'au fond, ce sont eux qui restent lorsque le reste vacille.
Et aujourd'hui, plus que jamais, je mesure leur valeur.
Merci à tous ceux qui continuent à nous soutenir, à nous écrire, à penser à Erin.
Nous avançons.
Lentement.
Mais nous avançons.