30/04/2026
L’arbre de Mai
Il sera question d’arbres dans ces chroniques, de l’arbre tourmenté à l’arbre nourricier, voici le temps venu de parler de l’arbre de Mai. Dans le plus grand des secrets, il se prépare, à l’abri des regards et des indiscrets. Mais avant de l’ériger pour honorer, il faut remonter les temps passés.
On en trouve trace aux débuts de l’agriculture. Il s’enveloppe des rites et croyances, de mythes et de rituels celtes et trouve ses origines dans le culte antique de la déesse Maïa, divinité romaine associée à la fertilité et au printemps, d’où le nom de maias (ou maya) et des mais qui devinrent mayades, maïades ou maillades.
Au Moyen Âge, on le célébrait au travers du fin ‘Amor des troubadours, il symbolisait aussi le retour du printemps et des beaux jours, la vie triomphant des ténèbres d’un long hiver.
La nuit des pins qui marchent –
En cette veille du 1ᵉʳ mai, on s’active. L’arbre de mai sort au grand jour, enfin… normalement de nuit, pour être porté selon la tradition à épaule d’hommes jusqu’au lieu où il sera planté : une maison, une place, une mairie, un endroit particulier et des personnes à honorer.
Fiche signalétique –
Pinus pinaster ou autre essence selon la région, choisi avec soin dans la forêt en fonction de ses critères de beauté : haut, droit, peu branchu sur le bas et bien touffu au faîte. Droit surtout pour ne pas heurter les esprits tordus.
Les étapes –
Abattu, transporté, allongé, ébranché, écorcé sur le tiers de son tronc, le voici prêt à être enrubanné. La coutume veut que son tronc soit enlacé d’une guirlande végétale décorée de fleurs. En approchant du sommet de l’arbre, s’accrochent les couronnes, deux ou trois cercles de feuillages et de fleurs qui se balanceront au vent. Ensuite le toupet doit abondamment se garnir de fleurs colorées, toutes les harmonies sont possibles. Viennent ensuite les détails : un drapeau tricolore au faîte (souvenir de la Révolution française), un pot de résine débordant de brins de muguet encadré de deux drapeaux plus petits et enfin le cœur, plaque ou symbole qui portera le nom de celui, celle ou ceux que l’on veut honorer.
Suite et fin d’une jolie tradition –
Planté à l’insu du destinataire qui ne doit le découvrir que le lendemain, il sera une première fois fêté réunissant tous les acteurs autour d’un verre. Pendant tout un mois, il paradera et se laissera admirer dans tous ses atours pourvu que la pluie épargne ses couleurs. Abattu le 30 du mois de mai, il restera à l’heureux récipiendaire la durée de l’année pour régaler autour d’une bonne table tous les participants à ce qui reste une coutume populaire et un rituel collectif dans les Landes mais aussi en Dordogne, dans toute l’Aquitaine et l’Occitanie.