Photographier est une lutte contre le temps, non le sien mais celui que l’image nous impose. Pour figer la vie au 1/100e ou 1/1000e de seconde. Pour Raymond Depardon, photographier est l’éloge du moment, l’éloge du présent. Que y a-t-il de plus présent et vivant qu’une photographie ?
« Je me suis mise à la photographie comme d’autres se mettent à la méditation, pour ralentir le rythme, me reconn
ecter à mon environnement et avec mes émotions » dit Stéphanie Foäche
Clément Rosset, philosophe, dit dans sa préface dans le livre de Raymond Depardon « Un Moment si doux » que « pour voir, il faut faire le vide », il fait référence pour cela aux toiles de Chardin ou celle de Thomas Levy-Lasne. « Suggérer le réel en y éliminant tout ce qui pourrait y faire sens ou évènement »
Raymond Depardon cite aussi Cartier-Bresson qui disait « Il faut procéder comme l’artillerie, tirer puis décrocher et partir ailleurs. Aller vite et choisir le bon moment » Il fait ici bien entendu une référence au photojournalisme. Je viens du reportage, le reportage a toujours été dans mon nature profonde, ma formation, mon ADN. Je suis un autodidacte, je n’ai jamais appris à faire une image, ou plutôt si, je ne cesse d’apprendre à en faire. Je pourrais faire mienne, avec toute la modestie qui s’impose, la phrase d’André Kertész « Je me considère toujours comme un amateur aujourd’hui et j’espère que je le resterai jusqu’à la fin de ma vie. Car je suis éternellement un débutant qui découvre le monde encore et encore ». Derrière un viseur de caméra ou d’appareil photo depuis 40 ans. Depuis mes premiers pas en 1981 comme télé-globetrotter sur « La Course Autour du Monde » puis comme Grand Reporter, mes références « images » viennent naturellement de la presse, du photojournalisme et des grands photo-reporters, Henri Cartier-Bresson, Steve Mc Curry, Marc Riboud, les frères Turnley, Raymond Depardon, Alexandra Boulat, Abbas, Josef Koudelka, James Natchwey, Patrick Chauvel, Chloé Sharrock… et tant d’autres. J’ai découvert par la suite le travail des photographes humanistes et des premiers « street’s photographers », W***y Ronis, Robert Doisneau, Sabine Weiss, Diane Arbus, Joel Meyerowitz, Henry Gruyaert, Christophe Jacrot, Dougie Wallace…
J’ai compris au fil du temps que confectionner une image, c’est trouver un espace, s’y poser, attendre, observer, puis voir, puis ressentir. La tête, l’œil et le cœur sur la même ligne si chère à Cartier-Bresson. Si je n’ai jamais appris à faire une image, j’ai toujours cherché à être là où il fallait être pour témoigner du monde avec une caméra. Aujourd’hui, je continue de regarder le monde mais je ne veux plus tenter de l’expliquer par du reportage « tirer puis décrocher et partir ailleurs », mais je veux encore chercher ce qu’il cache de beau et d’énigmatique sans jamais oublier les mots de Richard Dumas, autre immense photographe : « j’ai tenté de copier, je n’y arrivais pas mais j’ai senti que mes erreurs me conduiraient vers moi-même, c’est long à accepter… sois toi-même, les autres places sont prises, définitivement »