08/03/2026
"Estim&Vous" Projet Flore : intégralité du reportage sur mon site https://www.guillaumerous-photographie.fr/estim-vous/
Voici le témoignage de Flore qui a osé poser sur trois séances de styles différents au cours de l'automne 2025.
"Quoi de plus juste, pour accepter son corps, que de le regarder à travers un regard artistique ?
J’ai toujours été sensible à l’art, et particulièrement à la photographie en noir et blanc, pour sa capacité à capter l’essentiel, à jouer avec la lumière, les contrastes et les silences. Avant même de penser à poser, c’est cette approche qui m’a attirée dans le travail de Guillaume.
Ses photographies sont tout simplement magnifiques, autant artistiquement, qu’humainement. Son univers est fort, cohérent et profondément respectueux.
À travers le noir et blanc, il ne cherche pas à embellir artificiellement les corps, mais à les révéler. Chaque image est construite avec précision : la lumière, les ombres, les lignes du corps, les textures. Le regard porté n’est jamais intrusif, toujours juste. Me retrouver devant son objectif a été une expérience forte à la fois intimidante et marquante. Il y avait cette question : suis-je assez pour devenir un sujet photographique ? Et cette pudeur, propre au fait de se livrer à l’image.
Guillaume a su créer un cadre sécurisant, respectueux où l’on se sent à la fois guidée et libre. Son exigence artistique s’accompagne d’une grande écoute. Il m’a proposé des poses pensées pour le corps, la lumière et l’émotion, sans jamais forcer ni trahir. À travers son travail, j’ai découvert une image de moi que je n’avais jamais vue auparavant.
Non pas idéalisée, mais sincère. Un corps inscrit dans une démarche artistique, digne d’être regardé et photographié. Cette séance a dépassé la simple photographie.
Elle a été une rencontre entre un regard, un corps et une intention artistique. Le rendu des photos est magnifique, profondément juste.
Guillaume est, sans aucun doute, un véritable artiste.
Moi qui ai longtemps vécu avec mon mal-être et mes doutes, grâce à son regard artistique, j’ai osé me lancer, me montrer telle que je suis avec l’espoir inavouable de dépasser mes blessures et commencer à découvrir une nouvelle image de moi. On parle souvent de l’acceptation de soi pour les femmes rondes mais très rarement de celle des femmes minces-comme si être fine suffisait à se sentir bien dans son corps. Pourtant, ce n’est pas mon expérience.
Mon corps ne correspond pas aux marqueurs traditionnellement associés à la féminité : peu ou pas de poitrine, peu de hanches, peu de fesses.
Un corps souvent perçu comme juvénile, parfois comparé à celui d’une adolescente, là où j’aurais eu besoin qu’il soit reconnu simplement comme un corps de femme.
Grandir et évoluer dans ce corps m’a longtemps donné le sentiment d’être en décalage. Pas assez femme. Pas vraiment concernée.
Comme si je devais rester discrète dans mon rapport au corps, à la féminité, à la sensualité parce que j’ai «LA chance d’être fine ».
À cela s’ajoutent des phrases que j’ai souvent entendues :
« Toi, tu ne peux pas comprendre. »
« Tu es mince, tu n’as pas à te plaindre. »
Ces mots, même prononcés sans mauvaise intention, ont un impact. Ils effacent une réalité intérieure. Ils laissent entendre que certaines souffrances seraient plus légitimes que d’autres, et que la mienne n’aurait pas sa place. Or, le mal-être corporel ne dépend pas du poids. Il touche à l’identité, au regard porté sur soi, au sentiment d’exister pleinement dans son corps. Être mince n’empêche pas de se sentir invisible, inadéquate ou illégitime. Accepter mon corps a demandé un chemin particulier.
Celui de faire le deuil d’un corps idéalisé, de questionner les modèles de féminité que j’avais intégrés, et d’apprendre à la redéfinir autrement que par des formes ou des volumes.
Aujourd’hui, je sais que la féminité n’est pas un moule unique. Elle peut être fine, androgyne, discrète, délicate, singulière. Elle se vit dans la présence à soi, dans la manière d’habiter son corps, dans le respect et l’écoute que l’on s’accorde. L’acceptation de soi, pour moi, a commencé le jour où j’ai cessé de minimiser ce que je ressentais pour ne pas déranger.
Le jour où je me suis autorisée à dire : « ce que je vis est réel ».
Ce n’est pas un état final à atteindre et puis voilà. C’est plutôt un processus continu parsemé de victoires, de moments de clarté et de moments de recul, de remises en question. Chaque corps raconte une histoire différente. La mienne mérite, elle aussi, d’être entendue.
Alors, un immense merci Guillaume pour ces splendides photos et cette expérience unique.
Plus qu’une image, c’est le souvenir d’avoir remporté une victoire sur moi-même, un moment d’émotion pure qui restera à jamais dans mon cœur."