23/02/2018
Aurevoir Istanbul.
Après cinq mois de vadrouille, me voilà de retour à Paris. Fini les turqueries, fini l'orientalisme... pour l'instant !
Le syndrôme dépressif de l'étudiant type en retour d'Erasmus n'a pas fait surface. Et je doute qu'il arrive à se faufiler entre ma joie du retour et mes sourires emplis de souvenirs.
J'ai l'impression de retourner dans la vraie vie après un rêve éveillé long de cinq mois (et six, en comptant mon mois à Jérusalem). J'ai vécu des expériences que je serais incapable de vous raconter. Des moments que je n'arriverais pas à vous transmettre, car certaines émotions manquent de mots, et certains paysages résistent à l'épreuve de la pensée. Des découvertes qui ne se racontent pas car elles se vivent. Et quelle vie ! Une vie ou l'amitié est le souffle, et l'émerveillement la colonne. Je reviens, non pas triste d'avoir quitté l'Orient mais heureuse d'y avoir vécu.
Il faut si peu pour tomber sous son charme. Si peu pour être fasciné. Que je l'aime, l'Orient ! Et pourtant, qu'en ai-je vu? Jérusalem, Istanbul, Beyrouth, c'est peu devant l'immensité de ces contrées. Devant vous, je feindrais (et avec talent), de les avoir compris et de pouvoir vous les expliquer. Et pourtant, il est si long à se laisser apprivoiser, l'Orient, si long à se laisser comprendre. De lui j'ai compris seulement quelque fragments, quelques essences, quelques orientations. Je cerne la tranquilité et la lourdeur de la vie ensoleillée sous ses arbres fruités. Je perçois l'hospitalité chaleureuse des ses peuples, si offerts, si frères. Je discerne la puissance de la foi, n'importe laquelle, dans ces pays ou croire en Dieu n'est ni signe d'ignorance, ni signe de faiblesse. Oui, croire, là-bas, c'est la vraie force de l'homme. C'est le coeur de la vie, qu'elle soit personnelle, sociétale et politique. A tel point que les peuples s'érigent en combattants et mènent des batailles qui sont toujours de près ou de loin, liées à Dieu. Je saisis la puissance des identités orientales. J'aime la fierté turque devant son passé impérial. J'aime le désespoir combattant du palestinien au keffieh. J'aime le sourire du libanais qui évoque sa mer et ses montagnes.
J'aime l'Orient et j'aurais du mal à m'en défaire. Quelle est douce cette culture du "welcome" et du "you're my friend". Moins fan du "No english" trop souvent entendu en Turquie "so turcophone". "No english" auquel je répondais avec non moins d'adresse "Türkçe Yok", ce qui veut dit, en gros : "Y'a pas de turc (dans mon cerveau linguistique). Les regards outrés sur mes cheveux non-voilés ne me manqueront pas certes. Mais beaucoup d'autres me manqueront. Les moments que l'on voudrait éternels mais que le temps finit par rattraper avec sa mesure inexorable. Mes soirées parisiennes n'auront jamais le doux équilibre du soir stambouliote entre ses effluves de Narguilé et la chaleur du Çay. Les paysages dessinés à coup de dômes me manqueront. La vivacité des rues de cet infatigable Istanbul... Et lorsqu'on me demande ce que je retiens de mon Erasmus, et bien ce n'est pas l'Orient que je retiens. L'Orient s'échappe bien trop. Mais c'est l'amitié que l'Orient m'a fait vivre, avec la même rugosité que le soleil au Levant, et la même profondeur que les regards clairs de ses habitants.
Lamartine disait "Si je n'avais qu'un regard à poser sur le monde, ce serait sur Istanbul". Et il a du mérite. Si je n'avais qu'un regard à poser sur le monde, je finirais par louper ma chance et ne plus pouvoir rien regarder à force d'hésitation devant trop de beauté... Mon cœur ne peux choisir entre les montagnes libanaises, les déserts palestiniens et le Bosphore d'Istanbul. Il prend tout, sans frein, sans limite, sans raison.
C'est l'occasion pour moi de vous dire "Aurevoir". A très vite pour les amis que je vais retrouver. Peut-être à très vite aussi pour ceux que je ne connais pas, inchallah.
Je compte bien retourner en Orient mais avec de nouveaux projets et rien en route pour le moment. Rassurez-vous, je saurais épancher votre soif de beauté orientale durant les prochains mois : j'ai quelque mille photographies collectées à publier...
A très vite,
Marie-Armelle, une Baroudeuse d'Orient