11/06/2026
CRITIQUE LITTERAIRE :
Le collège des désirs
A la fin de l'année 2025, Ousmane Diarra s'est signalé par la parution de son cinquième roman qui fera certainement date dans l'histoire des lettres africaines par sa qualité et son originalité. Sous sa plume, le réalisme merveilleux donne la pleine mesure de ses potentialités, en puisant dans le vivier africain d'innombrables ressources au plan de la créativité, de l'écriture et de la conception même des personnages.
La personnalité du héros-narrateur paraît éloquente à cet égard : « J'étais la croisée des mondes et des temps, et plusieurs vies en une seule vie. J'étais tout, tout en étant peu de choses, et pour ce faire, j'avais la vie devant moi, toute une vie. »(p.20)
Par ailleurs, le recours au grotesque et à l'humour permet à l'auteur de tourner en dérision .
A travers cette démarche le romancier prend un certain recul par rapport au réel pour
mieux souligner et mettre en lumière les contradictions de la société , un phénomène qui a fait son apparition dans un contexte de crises politiques, sécuritaires et sociales.
Le coup de foudre entre Ohiri (le héros-narrateur) et Ahiri ( l'âme sœur ) dans les locaux du Collège des désirs sonne, à l'avance, la chute fatidique et la fin rocambolesque du Président.
il y a d'autres personnages qui jouent un rôle capital dans cette aventure passionnante et pleine de rebondissements:
Comme Daniel-Henri Pageaux la fait remarquer dans un article intitulé « Le descriptif et le nouveau roman d'Afrique noire et d'Amérique latine » : « le grotesque africain va servir à écrire et à décrire inadmissible, l'intolérable ; du réel inacceptable on passe au délire et à la démesure. » (in Le descriptif, Paris, PUF, 1988, p.239-252).
A y regarder de près, le roman constitue un puissant outil d'analyse et d'exploration du réel dont il convient de mesurer la portée et les enjeux. Au-delà du cas présent, le non conformisme et l'attitude transgressive des écrivains de la nouvelle génération, comme
Ousmane Diarra, procèdent d'une reconquête de l'initiative dans le domaine de la création littéraire.
Jaouad Serghini se penche sur la question dans son essai intitulé « La littérature subsaharienne du renouveau. Nouvelles voies romanesques des Suds 1990-2020 (L'harmattan, 2023).
L'esthétique de l'excès et de la transgression n'est pas une fin en soi. Elle traduit une volonté de remise en question des stéréotypes et des clichés, voire une stratégie de critique. Le Collège des désirs se révèle, en somme, plein de promesses pour le renouveau de la littérature africaine.
Dr Mamadou Bani DIALLO,
Illustration de couverture : Amour Fantôme de Ibrahim Ballo ( coll Vanessa Brasson )
Extrait des Echos